{"id":127,"date":"2007-09-04T15:06:02","date_gmt":"2007-09-04T13:06:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.dan.sperber.fr\/?p=127"},"modified":"2018-04-24T19:23:44","modified_gmt":"2018-04-24T18:23:44","slug":"le-temoignage-et-l%e2%80%99argumentation-dans-une-perspective-evolutionniste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/?p=127","title":{"rendered":"Dan Sperber (2007) <b>Le t\u00e9moignage et l\u2019argumentation dans une perspective \u00e9volutionniste<\/b>. <i>Raisons Pratiques 17<\/i>"},"content":{"rendered":"<p style=\"padding-left: 60px;\"><span lang=\"EN-GB\">Version fran\u00e7aise de: <a href=\"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/?p=69\">An evolutionary   perspective on testimony and argumentation<\/a>. <em><span lang=\"EN-GB\">Philosophical Topics 29<\/span><\/em><span lang=\"EN-GB\">, 401-413. (2001)<!--more--><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"center\"><strong><a href=\"http:\/\/sperber.club.fr\/Temoignage%20et%20argumentation.htm#_ftn1\"><strong> <\/strong><\/a><\/strong><\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-weight: normal;\"><span style=\"font-size: medium;\">Dan Sperber<\/span><\/span><span style=\"font-size: medium;\"><br \/>\nLe t\u00e9moignage et l\u2019argumentation dans une perspective \u00e9volutionniste.<br \/>\n<\/span> <span style=\"font-weight: normal; font-size: 13px; \"><em><span style=\"font-size: medium;\">Raisons Pratiques<\/span><\/em><span style=\"font-size: medium;\">, 2007, 17.<br \/>\n<\/span> <span style=\"font-size: medium;\">Traduit par Nathan Sperber<\/span><\/span><\/h3>\n<h3>Introduction<\/h3>\n<p>Dans la pr\u00e9face de <em>Knowledge in a Social World<\/em> (1999), un des ouvrages fondateurs de l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie sociale contemporaine, Alvin Goldman \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9pist\u00e9mologie traditionnelle a longtemps conserv\u00e9e l\u2019image cart\u00e9sienne de l\u2019investigation intellectuelle comme une activit\u00e9 de penseurs isol\u00e9s, chacun \u00e0 la poursuite de la v\u00e9rit\u00e9 dans un esprit d\u2019individualisme et de pure autosuffisance. Cette image oublie les contextes interpersonnel et institutionnel dans lequel la recherche de connaissances est le plus souvent entreprise. L\u2019\u00e9pist\u00e9mologie doit prendre toute la mesure des interactions sociales qui \u00e0 la fois illuminent et menacent les perspectives de la connaissance (op.cit, p. VII).<\/p>\n<p>Aux chapitres quatre et cinq, Golman traite de deux types de pratiques sociales: le t\u00e9moignage, c\u2019est-\u00e0-dire la transmission d\u2019informations observ\u00e9es (ou pr\u00e9tendument observ\u00e9es) d\u2019une personne \u00e0 une autre, et l\u2019argumentation, c\u2019est-\u00e0-dire la d\u00e9fense d\u2019une conclusion \u00e0 partir d\u2019un ensemble de pr\u00e9misses. Goldman a beaucoup \u00e0 dire sur la mani\u00e8re dont ces pratiques illuminent les perspectives de la connaissance, et bien peu sur comment elles les menacent. Je voudrais r\u00e9tablir un tant soit peu l\u2019\u00e9quilibre, et ajouter une touche de gris \u00e0 la vision rose de Goldman en appr\u00e9hendant le t\u00e9moignage et l\u2019argumentation \u00e0 la lumi\u00e8re de certaines consid\u00e9rations \u00e9volutionnistes.<\/p>\n<p>Ma th\u00e8se principale sera que de nombreuses croyances socialement acquises sont fausses \u00e0 cause non pas d\u2019un mauvais fonctionnement mais d\u2019un bon fonctionnement de la communication sociale. Je soutiendrai en particulier que la possibilit\u00e9 de manipuler cognitivement autrui est l\u2019un des effets qui rendent le t\u00e9moignage et l\u2019argumentation adaptatifs.\u00a0 Cette possibilit\u00e9 aide \u00e0 expliquer pourquoi ces pratiques ont \u00e9volu\u00e9 et se sont stabilis\u00e9es parmi les humains. Pour bien mettre l\u2019enjeu en \u00e9vidence, je contrasterai les m\u00e9canismes sociaux et les m\u00e9canismes individuels de production de croyances, en montrant que ces derniers sont, en des conditions normales et en l\u2019absence d\u2019interf\u00e9rences sociales, des sources fiables de croyances vraies. Certes, les \u00eatres humains \u00e9tant en permanence immerg\u00e9s dans la soci\u00e9t\u00e9 et la culture, sont, m\u00eame dans les moments de solitude, habit\u00e9s par une activit\u00e9 culturelle continue, et ne sont donc jamais de bon exemples de syst\u00e8mes v\u00e9ritablement individuels de production de croyances dans le sens voulu. Ce ne sont donc pas la cognition humaine individuelle et sociale que je j\u2019opposerai l\u2019une \u00e0 l\u2019autre, mais deux types id\u00e9aux. Et puisque je ne mentionnerai la cognition individuelle qu\u2019afin de l\u2019opposer \u00e0 la cognition sociale, je ne perdrai gu\u00e8re de temps \u00e0 justifier ou \u00e0 nuancer la conception \u00e9volutionniste de la psychologie individuelle que j\u2019adopterai ici .<\/p>\n<p>Les syst\u00e8mes cognitifs des organismes individuels sont des adaptations biologiques. Par adaptation, il faut entendre des traits qui on \u00e9volu\u00e9s et se sont stabilis\u00e9s gr\u00e2ce au fait que, en produisant un effet caract\u00e9ristique, ils ont contribu\u00e9 aux succ\u00e8s reproductif des organismes qui en \u00e9taient dot\u00e9s. La fonction de l\u2019adaptation est de produire effet b\u00e9n\u00e9fique (d\u2019un point de vue biologique), \u00a0et c\u2019est en ce sens que j\u2019utiliserai le terme de \u00ab\u00a0fonction\u00a0\u00bb (sur cette notion, voir Allen, Bekoff et Lauder, 1998).\u00a0 Pour dire les choses rapidement, la fonction d\u2019un syst\u00e8me cognitif est de fournir \u00e0 l\u2019organisme des informations sur son environnement et sur lui-m\u00eame et par l\u00e0 m\u00eame de guider son comportement. Il est sans doute des cas et des situations o\u00f9 il est adaptatif pour le syst\u00e8me cognitif d\u2019introduire des distorsions syst\u00e9matiques, par exemple une confiance en soi ou au contraire une prudence excessives (cf. Stich 1990), mais ces cas me semblent marginaux. En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, il faut s\u2019attendre \u00e0 ce que les croyances produites par des syst\u00e8mes cognitifs produits de l\u2019\u00e9volution soient vraies. En d\u2019autres termes, les syst\u00e8mes cognitifs sont fondamentalement des producteurs de connaissances.\u00a0Bien entendu, leur fonction n\u2019est pas de produire de la connaissance pour elle-m\u00eame, et encore moins de la connaissance scientifique. Leur fonction est de produire des connaissances pertinentes pour guider le comportement de l\u2019organisme. Ils y parviennent \u00a0de mani\u00e8re fiable dans le type d\u2019environnement dans lequel ils ont \u00e9volu\u00e9. Plac\u00e9 dans un environnement autre, que ce soit par les al\u00e9as de l\u2019histoire ou \u00e0 dessein exp\u00e9rimental, et stimul\u00e9 alors par des ph\u00e9nom\u00e8nes dont la repr\u00e9sentation cesse d\u2019\u00eatre pertinente pour l\u2019organisme, un syst\u00e8me cognitif peut perdre sa fiabilit\u00e9. On peut par exemple construire un environnement ad hoc o\u00f9 les illusions perceptuelles sont fr\u00e9quentes alors qu\u2019elles sont tr\u00e8s rares dans un environnement naturel et familier.<\/p>\n<p>D\u2019un point de vue normatif, les syst\u00e8mes cognitifs \u00e9volu\u00e9s doivent exercer leur fonction au moins assez bien pour les rendre b\u00e9n\u00e9fiques aux organisme qui en sont dot\u00e9s (ou sinon la s\u00e9lection naturelle les aurait simplement \u00e9limin\u00e9s). Etant donn\u00e9s les hauts risques qui accompagnent le fait de se d\u00e9placer dans l\u2019environnement (\u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de la strat\u00e9gie des plantes, qui est de rester en place et de laisser l\u2019environnement venir \u00e0 elles), les syst\u00e8mes cognitifs dont se servent les organismes auto-mobiles doivent \u00eatre capable de produire des informations vraies bien plus souvent que des erreurs. Cette fonction des syst\u00e8mes cognitifs peut \u00eatre remplie par l\u2019articulation de sous-syst\u00e8mes sp\u00e9cialis\u00e9s dans le traitement de certaines t\u00e2ches ou de certains domaines (en fait, il n\u2019est pas \u00e9vident qu\u2019elle puisse \u00eatre remplie d\u2019une autre mani\u00e8re, cf. Cosmides et Tooby 1994, Sperber 1994). La cognition individuelle naturelle a \u00a0donc de fortes chances de produire des croyances vraies mais sans grande vari\u00e9t\u00e9 ni grande port\u00e9e; rien de bien passionnant pour les \u00e9pist\u00e9mologues. C\u2019est seulement avec la communication, le langage et la culture qu\u2019apparaissent des croyances et des syst\u00e8mes de production de croyances dignes d\u2019\u00eatre \u00e9valu\u00e9s par des philosophes.<\/p>\n<p>On pourrait consid\u00e9rer la communication comme un formidable enrichissement de la cognition individuelle, une esp\u00e8ce de \u00ab\u00a0cognition par personne interpos\u00e9e\u00a0\u00bb. Un organisme capable de communiquer n\u2019est plus limit\u00e9 aux informations issues de ses propres perceptions et inf\u00e9rences. Il peut b\u00e9n\u00e9ficier des perceptions et des inf\u00e9rences d\u2019autrui. Evidemment, il court le risque de p\u00e2tir des erreurs d\u2019autrui, mais dans la mesure o\u00f9\u00a0 la cognition individuelle est fiable,\u00a0 la communication devrait l\u2019\u00eatre aussi. C\u2019est en tout cas ce que soutenait d\u00e9j\u00e0 Thomas Reid (1764), cit\u00e9 et approuv\u00e9 par Goldman (1999\u00a0: 106,129)\u00a0:<\/p>\n<p>Le sage et bienfaisant Auteur de la nature, qui voulait que l\u2019homme v\u00e9c\u00fbt en soci\u00e9t\u00e9, et qu\u2019il re\u00e7ut de ses semblables la plus grande et la plus importante partie de ses connaissances, a plac\u00e9 en lui, pour cette fin, deux principes essentiels qui s\u2019accordent toujours l\u2019un \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<p>Le premier de ces principes est un penchant naturel \u00e0 dire la v\u00e9rit\u00e9 [\u2026] Le second principe [\u2026] est une disposition \u00e0 nous confier \u00e0 la v\u00e9racit\u00e9 des autres et \u00e0 croire ce qu\u2019ils nous disent (Reid 1764, traduction Jouffroy 1828\u00a0: 346-348)<\/p>\n<p>Diam\u00e9tralement oppos\u00e9s \u00e0 cette conception, Dawkins et Krebs ont soutenu, dans leur c\u00e9l\u00e8bre article \u00abAnimal signals: Information or manipulation\u00bb (Dawkins et Krebs 1978), que la fonction premi\u00e8re de la communication n&#8217;est pas l\u2019information, mais la manipulation d\u2019autrui. Ils mettaient alors l\u2019accent sur les int\u00e9r\u00eats de l\u2019\u00e9metteur comme facteur principal de l\u2019\u00e9volution des signaux. Ces int\u00e9r\u00eats sont g\u00e9n\u00e9ralement diff\u00e9rents de ceux du destinataire. La conception de Reid et cette premi\u00e8re position de Dawkins et Krebs sont trop extr\u00eames. Dans un article ult\u00e9rieur, \u00abAnimals signals: Mind-reading and manipulation\u00bb (1984), Krebs et Dawkins ont soutenu qu\u2019il faut prendre en compte \u00e0 la fois la perspective du communicateur et celle du destinataire. Cela semble \u00e9vident, et devrait \u00e9galement s\u2019appliquer \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la communication humaine.<\/p>\n<p>Afin que la communication se stabilise au sein d\u2019une esp\u00e8ce, comme cela a \u00e9t\u00e9 le cas parmi les humains, il faut qu\u2019\u00e0 la fois l\u2019\u00e9mission et la r\u00e9ception des messages soient avantageuses. Si la communication n\u2019\u00e9tait b\u00e9n\u00e9fique qu\u2019aux producteurs de messages (en contribuant \u00e0 leur succ\u00e8s reproductif) au d\u00e9triment des receveurs, ou l\u2019inverse, un des deux comportements aurait sans doute \u00e9t\u00e9 \u00e9limin\u00e9 par la s\u00e9lection naturelle, provoquant par l\u00e0 m\u00eame la disparition du comportement compl\u00e9mentaire (m\u00eame s\u2019il peut y avoir quelques exceptions, en particulier dans la communication entre esp\u00e8ces). Autrement dit, pour \u00e9voluer, la communication doit d\u2019\u00eatre un jeu \u00e0 somme positive, o\u00f9, au moins sur le long terme, les communicateurs et les r\u00e9cepteurs sont les uns et les autres gagnants. Pour cela, il n\u2019est pas n\u00e9cessaire que les int\u00e9r\u00eats des deux parties co\u00efncident, il suffit qu\u2019ils se recoupent. La mani\u00e8re dont ces int\u00e9r\u00eats divergent ou convergent influence l\u2019\u00e9volution et le fonctionnement de la communication. Consid\u00e9rons donc le t\u00e9moignage l\u2019argumentation en tant que pratiques communicatives, \u00e0 la fois du point de vue des communicateurs et de celui des r\u00e9cepteurs.<\/p>\n<h3>Le t\u00e9moignage<\/h3>\n<p>Alors que l\u2019argumentation est propre aux humains, le t\u00e9moignage (entendu au sens de \u00ab\u00a0transmission d&#8221;information observ\u00e9es\u00a0\u00bb Goldman 1999\u00a0: 103) se rencontre aussi chez d\u2019autres animaux. Un exemple classique est celui de la danse de l\u2019abeille\u00a0: une abeille ouvri\u00e8re, ayant trouv\u00e9 une source de nourriture, communique \u00e0 d\u2019autres abeilles ouvri\u00e8res la direction \u00e0 prendre et la distance \u00e0 parcourir pour y arriver. A la fin du processus, une abeille r\u00e9ceptrice est sans doute dans un \u00e9tat cognitif semblable \u00e0 celui o\u00f9 elle serait si elle avait d\u00e9couvert elle-m\u00eame la source de nourriture. On peut alors parler de cognition par procuration. Dans le cas humain cependant, le t\u00e9moignage n\u2019a pas vraiment les m\u00eames effets que la perception directe. Si Marie dit \u00e0 Pierre que la bi\u00e8re est dans r\u00e9frig\u00e9rateur, l\u2019\u00e9tat cognitif de Pierre n\u2019est pas le m\u00eame que s\u2019il avait vu la bi\u00e8re de ses propres yeux. Tout d\u2019abord, si tel avait \u00e9t\u00e9 le cas, Pierre aurait une repr\u00e9sentation bien plus nette et d\u00e9taill\u00e9e de la bi\u00e8re dans le r\u00e9frig\u00e9rateur. Plus important ici, comprendre ce qui nous est dit c\u2019est reconna\u00eetre ce qu\u2019a voulu dire le locuteur sans pour autant automatiquement l\u2019accepter comme vrai (Millikan 1984 n\u2019est pas d\u2019accord et soutient que la communication chez l\u2019homme aussi est un forme de cognition par procuration\u00a0; pour une critique, voir Origgi et Sperber 2000).<\/p>\n<p>Du point de vue du destinataire, la communication et le t\u00e9moignage en particulier ne sont b\u00e9n\u00e9fiques que dans la mesure o\u00f9 ils sont une source d\u2019information v\u00e9ritable (et qui plus est pertinente). Comme avec la cognition individuelle, il est des cas o\u00f9 une distorsion de l\u2019information transmise (une certaine exag\u00e9ration dans les encouragements ou les mises en garde par exemple) peut \u00eatre avantageuse, mais ces situations sont marginales et, ici aussi, je les laisserai de c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p>Du point de vue du locuteur, ce qui rend la communication et en particulier le t\u00e9moignage b\u00e9n\u00e9fiques, c\u2019est qu\u2019ils permettent de d\u2019avoir un effets d\u00e9sirable sur le comportement et les attitudes de l\u2019auditeur. Communiquer permet d\u2019amener autrui \u00e0 agir comme on voudrait le voir agir, \u00e0 lui faire adopter les attitudes que l\u2019on d\u00e9sire envers des personnes, des objets etc. Pour produire les effets voulus, le communicateur doit faire accepter comme vrais \u00e0 son auditeur des \u00e9nonc\u00e9s qui l\u2019inciteront alors \u00e0 adopter les attitudes ou les comportements d\u00e9sir\u00e9s. Dans bien des cas, ce sont des messages vrais qui sont le mieux \u00e0 m\u00eame de provoquer les effets voulus. Mais dans d\u2019autres cas, des messages faux sont plus efficaces. Il est banal pour un locuteur, et souvent appropri\u00e9 (d\u2019un point de vue pratique sinon moral), d\u2019arriver \u00e0 ses fin en manipulant et en trompant plus ou moins son auditoire. Il arrive que des animaux non humains usent de tromperies, mais, comme pour leurs communications en g\u00e9n\u00e9ral, les contenus en sont limit\u00e9s et tr\u00e8s st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s. Les humains, gr\u00e2ces \u00e0 leurs comp\u00e9tences cognitives, et en particulier leur aptitude m\u00e9tarepr\u00e9sentationnelle \u00e0 se repr\u00e9senter les \u00e9tats mentaux d\u2019autrui, ont une capacit\u00e9 sans pareille de produire de fa\u00e7on cr\u00e9ative des distorsions et des tromperies \u00e9labor\u00e9es, et une capacit\u00e9 tout aussi unique de remettre en cause de mani\u00e8re raisonn\u00e9e l\u2019honn\u00eatet\u00e9 de leurs interlocuteurs. Sauf exceptions, il n\u2019est ni dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019auditeur d\u2019\u00eatre tromp\u00e9 ni dans celui du communicateur de ne pas \u00eatre cru. Un locuteur malhonn\u00eate va \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019int\u00e9r\u00eat de ceux qui l\u2019\u00e9coutent, de m\u00eame qu\u2019un auditeur trop m\u00e9fiant contrarie les intentions de ceux qui s\u2019adressent \u00e0 lui.<\/p>\n<p>Voici un tableau qui r\u00e9sume dans le style de la \u00a0th\u00e9orie des jeux les gains respectifs d\u2019un communicateur et d\u2019un destinataire lors d\u2019un \u00e9v\u00e9nement communicationnel pris isol\u00e9ment.<\/p>\n<table border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"123\" valign=\"top\"><\/td>\n<td width=\"107\" valign=\"top\">\n<p align=\"center\">\n<\/td>\n<td colspan=\"2\" width=\"284\" valign=\"top\">\n<p align=\"center\">Destinataire<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"123\" valign=\"top\"><\/td>\n<td width=\"107\" valign=\"top\">\n<p align=\"center\">\n<\/td>\n<td width=\"142\" valign=\"top\">\n<p align=\"center\">Confiant<em> <\/em><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"142\" valign=\"top\">\n<p align=\"center\">M\u00e9fiant<em> <\/em><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td rowspan=\"2\" width=\"123\" valign=\"top\">\n<p align=\"center\">\n<p align=\"center\">\n<p align=\"center\">Communicateur<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"107\" valign=\"top\">\n<p align=\"center\">\n<p align=\"center\">Honn\u00eate<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"142\" valign=\"top\">\n<p align=\"center\"><strong><em> <\/em><\/strong><\/p>\n<p align=\"center\"><strong><em>gain\/gain<\/em><\/strong><\/p>\n<p align=\"center\"><strong><em> <\/em><\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"142\" valign=\"top\">\n<p align=\"center\"><strong><em> <\/em><\/strong><\/p>\n<p align=\"center\"><strong><em>perte\/pas   de gain<\/em><\/strong><\/p>\n<p align=\"center\"><strong><em> <\/em><\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"107\" valign=\"top\">\n<p align=\"center\">\n<p align=\"center\">Malhonn\u00eate<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"142\" valign=\"top\">\n<p align=\"center\"><strong><em> <\/em><\/strong><\/p>\n<p align=\"center\"><strong><em>gain\/perte<\/em><\/strong><\/p>\n<p align=\"center\"><strong><em> <\/em><\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"142\" valign=\"top\">\n<p align=\"center\"><strong><em> <\/em><\/strong><\/p>\n<p align=\"center\"><strong><em>perte\/pas   de gain<\/em><\/strong><\/p>\n<p align=\"center\"><strong><em> <\/em><\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Les communicateurs peuvent dire la v\u00e9rit\u00e9 ou mentir, et les destinataires croire ou ne pas croire ce qui leur est dit. Pour le communicateur, l\u2019avantage tir\u00e9 de la communication ne d\u00e9pend en rien de sa propre honn\u00eatet\u00e9, mais seulement de la cr\u00e9dulit\u00e9 du destinataire. Quel que soit le contenu du message, un auditeur cr\u00e9dule sert les int\u00e9r\u00eats du communicateur tandis qu\u2019un auditeur incr\u00e9dule les contrarie (au moins en ceci que le r\u00e9sultat voulu n\u2019est pas atteint). Pour l\u2019auditeur, le b\u00e9n\u00e9fice potentiel d\u00e9pend \u00e0 la fois de sa confiance envers le locuteur et de la v\u00e9racit\u00e9 de ce dernier. Un destinataire confiant b\u00e9n\u00e9ficiera des propos d\u2019un locuteur honn\u00eate et p\u00e2tira de ceux d\u2019un locuteur malhonn\u00eate. En revanche, un auditeur qui ne croit pas ce qu\u2019on lui dit ne retire aucun gain de la communication et ne subit aucune perte (hormis un \u00e9ventuel manque \u00e0 gagner si le locuteur \u00e9tait honn\u00eate).<\/p>\n<p>M\u00eame si un acte de communication o\u00f9 le communicateur dit la v\u00e9rit\u00e9 et o\u00f9 l\u2019auditeur le croit peut \u00eatre avantageux pour l\u2019un et pour l\u2019autre, le jeu de la communication n\u2019a pas de solution g\u00e9n\u00e9rale stable. Les strat\u00e9gies optimales varient suivant les circonstances des deux c\u00f4t\u00e9s. Il ne suffit pas au communicateur d\u2019\u00eatre cru. Encore faut-il que le fait que son message soit cru ait des effets b\u00e9n\u00e9fiques. En cons\u00e9quence, les communicateurs ne choisissent pas entre dire le vrai ou dire le faux, mais entre transmettre ou ne pas transmettre tel ou tel message qui, vrai ou faux, devrait s\u2019il est cru avoir des effets souhait\u00e9s. Les destinataires, pour leur part, sachant qu\u2019il n\u2019est pas syst\u00e9matiquement dans l\u2019int\u00e9r\u00eat des communicateurs de dire vrai, comprennent qu\u2019il n\u2019est pas dans leur propre int\u00e9r\u00eat de toujours croire ce qui est dit.<\/p>\n<p>A quel point un auditeur\u00a0devrait-il \u00eatre confiant? Si, afin de ne jamais \u00eatre tromp\u00e9s, un auditeur d\u00e9cidait de ne jamais rien croire, il se priverait de tous les b\u00e9n\u00e9fices qu\u2019il pourrait jamais tirer du t\u00e9moignage d\u2019autrui. Apr\u00e8s tout, ce n\u2019est pas toujours en induisant l\u2019auditeur en erreur, loin de l\u00e0, qu\u2019un locuteur sert ses propres int\u00e9r\u00eats. Un t\u00e9moignage honn\u00eate est tr\u00e8s souvent le meilleur moyen, voire le seul, de provoquer les effets voulus sur l\u2019auditoire, qui d\u00e8s lors a int\u00e9r\u00eat \u00e0 accepter le t\u00e9moignage comme vrai. A l\u2019inverse, si un destinataire d\u00e9cidait de faire syst\u00e9matiquement confiance, il serait souvent tromp\u00e9 (et ce d\u2019autant plus que ses interlocuteurs, s\u2019\u00e9tant rendus compte de sa cr\u00e9dulit\u00e9 syst\u00e9matique, pourraient embellir la v\u00e9rit\u00e9 et mentir sans crainte d\u2019\u00eatre d\u00e9couverts). L&#8217;int\u00e9r\u00eat de l\u2019auditeur est donc de calibrer au plus juste sa confiance en la fiabilit\u00e9 de son interlocuteur dans chaque situation. Il n\u2019existe pas cependant de moyen assur\u00e9 pour le destinataire de tirer constamment b\u00e9n\u00e9fice de la communication sans courir le \u00a0risque d\u2019\u00eatre parfois tromp\u00e9. Puisque la communication s\u2019est stabilis\u00e9e parmi les humains, il doit bien il y avoir moyen d\u2019ajuster sa confiance dans l\u2019information communiqu\u00e9e suivant la situation de telle sorte qu\u2019au total les b\u00e9n\u00e9fices attendus l\u2019emportent sur les pertes attendues. J\u2019y reviendrai.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019ici, j\u2019ai montr\u00e9 qu\u2019une partie de la fonction de la communication (la partie qui se rapporte \u00e0 int\u00e9r\u00eat du communicateur) se r\u00e9alise de fa\u00e7on optimale par la production de messages susceptibles de provoquer certains effets sur les destinataires, que ces messages soient vrais ou faux. C\u2019est cette possibilit\u00e9 de provoquer des effets d\u00e9sir\u00e9s qui rend la communication avantageuse pour le communicateur\u00a0; sans ces effets, la communication n\u2019aurait pu \u00e9voluer et se stabiliser. En d\u2019autres termes, il est na\u00eff de voir le communicateur comme \u00e9tant au service des besoins cognitifs du destinataire, et ce qu\u2019il s\u2019agisse de la communication en g\u00e9n\u00e9ral ou plus encore des de la communication humaine. Les fausses croyances r\u00e9pandues par le biais de la communication ne sont pas seulement dues aux fait que les communicateurs se trompent parfois et communiquent leurs fausses croyances, ou bien d\u00e9tournent \u00e0 des fins personnelles la communication de sa v\u00e9ritable fonction. La communication, dans l\u2019exercice m\u00eame de sa fonction (et plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans ce qui la rend avantageuse pour le communicateur) produit aussi de la d\u00e9sinformation.<\/p>\n<p>Une objection reidienne est toutefois envisageable\u00a0: le jeu de la communication est un jeu it\u00e9ratif, r\u00e9p\u00e9t\u00e9 ind\u00e9finiment entre les m\u00eames agents qui jouent tour \u00e0 tour les r\u00f4les de communicateur et de destinataire. De m\u00eame qu\u2019une it\u00e9ration du dilemme du prisonnier peut amener les parties \u00e0 converger vers la coop\u00e9ration (cf. Axelrod 1984, Kitcher 1993), une r\u00e9p\u00e9tition ind\u00e9finie d\u2019actes de communication pourrait conduire \u00e0 une strat\u00e9gie stable d\u2019honn\u00eatet\u00e9 pour le locuteur et de confiance pour l\u2019auditeur. L\u2019\u00e9volution de la communication ne serait qu\u2019un cas particulier de l\u2019\u00e9volution de la coop\u00e9ration, et l\u2019altruisme r\u00e9ciproque serait possible dans ce domaine-ci comme dans d\u2019autres.<\/p>\n<p>Allons plus avant. Dans une situation de communication r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, chaque acte de communication a des effets \u00e0 court et \u00e0 long terme. Les effets \u00e0 court terme consistent typiquement en une modification des croyances de l\u2019auditeur, et indirectement, en un changement d\u2019attitude et de comportement \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ce dont il a \u00e9t\u00e9 question dans le message. Les effets \u00e0 long terme d\u2019un acte de communication portent sur l\u2019opinion que l\u2019auditeur se fait de la fiabilit\u00e9 du locuteur comme source d\u2019information, et plus g\u00e9n\u00e9ralement de ses qualit\u00e9s personnelles\u00a0:\u00a0g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 ou \u00e9go\u00efsme, modestie ou arrogance, souci d\u2019autrui ou d\u00e9sinvolture, etc. L\u2019autorit\u00e9 conf\u00e9r\u00e9e au communicateur et le respect qu\u2019on lui porte\u00a0 contribueront \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 de ses actes de communication futurs.<\/p>\n<p>Alors qu\u2019il para\u00eet clair que, dans de nombreux cas, s\u2019\u00e9loigner de la v\u00e9rit\u00e9 est le meilleur moyen pour le locuteur de servir ses buts \u00e0 court terme, l\u2019objectif \u00e0 long terme qui consiste \u00e0 se construire et \u00e0 maintenir une r\u00e9putation de personne fiable, et par l\u00e0 m\u00eame \u00e0 mieux r\u00e9aliser ses futurs objectifs \u00e0 court terme, semble \u00eatre toujours mieux servi par un parti pris d\u2019honn\u00eatet\u00e9. Souvent, il est vrai, on sert mieux ses int\u00e9r\u00eats en renon\u00e7ant aux b\u00e9n\u00e9fices \u00e0 court terme \u00e0 qu\u2019on obtiendrait en trompant son auditoire, afin pr\u00e9server ou renforcer sa capacit\u00e9 d\u2019influencer cet auditoire \u00e0 l\u2019avenir. Souvent, oui, mais pas toujours. Il y a des situations o\u00f9 l\u2019on sert \u00e0 la fois ses int\u00e9r\u00eats \u00e0 court et \u00e0 long terme en choisissant la malhonn\u00eatet\u00e9. Je mentionne en passant deux consid\u00e9rations pertinentes. Tout d\u2019abord, comme certains mensonges sont plus cr\u00e9dibles que certaines v\u00e9rit\u00e9s, il peut arriver que la cr\u00e9dibilit\u00e9 d\u2019une personne soit desservie part son honn\u00eatet\u00e9. Deuxi\u00e8mement, la cr\u00e9dibilit\u00e9 n\u2019est pas la seule vertu qu\u2019un destinataire appr\u00e9cie chez un locuteur. Par exemple, il est avantageux de flatter les puissants, f\u00fbt-ce en les trompant, car ils se pr\u00e9occupent autant et plus de la loyaut\u00e9 que l\u2019honn\u00eatet\u00e9 de leurs interlocuteurs. Une troisi\u00e8me consid\u00e9ration est bien plus centrale\u00a0: dans le jeu de la communication, les effets \u00e0 long terme ne surclassent pas toujours les effets \u00e0 court terme. Afin de comprendre pourquoi, il faut passer du point de vue du communicateur \u00e0 celui de l\u2019auditeur.<\/p>\n<p>C\u2019est une observation commune\u00a0: les gens sont dispos\u00e9 \u00e0 croire, non pas n\u2019importe qui, mais un certain nombre de personnes (famille, conjoints, amis, coll\u00e8gues de travail, politiciens), m\u00eame quand ils savent que ces personnes leurs ont parfois menti. Pourquoi une version ou une autre de la strat\u00e9gie de \u00ab\u00a0tit-for-tat\u00a0\u00bb d\u00e9crite par Axelrod (1984) ne serait-elle pas dominante dans le jeu it\u00e9ratif de la communication\u00a0(tu me mens, je ne te crois plus)? Dans le dilemme du prisonnier, il est toujours avantageux de faire d\u00e9fection \u00e0 moins que la d\u00e9fection ne soit sanctionn\u00e9e. En cas de dilemmes du prisonnier r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, il est rationnel de sanctionner toute d\u00e9fection de l\u2019autre partie par un refus de coop\u00e9rer pendant plusieurs tours. Mais dans le jeu de la communication, il n\u2019est avantageux de tromper qu\u2019en certaines situations, et souvent le locuteur trouve un b\u00e9n\u00e9fice plus grand \u00e0 transmettre une information vraie. Qu\u2019un locuteur ait menti en une certaine circonstance ne veut donc pas dire qu\u2019il fera de m\u00eame en une autre circonstance.<\/p>\n<p>Le jeu de la communication est \u00e9galement diff\u00e9rent d\u2019une situation de march\u00e9, o\u00f9 un m\u00eame bien s\u2019obtient aupr\u00e8s d\u2019un grand nombre de vendeurs, et o\u00f9 l\u2019acheteur peut et doit \u00e9viter les vendeurs malhonn\u00eates. Chaque communicateur a des informations qu\u2019il est seul \u00e0 poss\u00e9der, ne serait-ce que des informations sur lui-m\u00eame. Refuser syst\u00e9matiquement sa confiance \u00e0 un certain communicateur peut donc \u00eatre tr\u00e8s dommageable, en particulier si l\u2019on entretient avec lui une relation r\u00e9guli\u00e8re. La meilleure solution pour un destinataire n\u2019est donc pas seulement de s\u2019ajuster \u00e0 chaque interlocuteur, mais \u00e0 chaque configuration r\u00e9unissant un communicateur, une situation de communication et un sujet abord\u00e9. On comprend alors qu\u2019il n\u2019est pas sp\u00e9cialement avantageux pour un locuteur d\u2019adopter une conduite (m\u00eame si elle est moralement souhaitable) de v\u00e9racit\u00e9 syst\u00e9matique. En g\u00e9n\u00e9ral, ce ne sera pas assez pour susciter une confiance sans bornes, alors m\u00eame que s\u2019\u00e9loigner de temps \u00e0 autre de la v\u00e9rit\u00e9 et courir le risque d\u2019\u00eatre d\u00e9couvert est peu susceptible de provoquer une d\u00e9fiance radicale.<\/p>\n<h3>L\u2019argumentation<\/h3>\n<p>La communication animale doit son efficacit\u00e9 au fait que les destinataires acceptent automatiquement presque tous les signaux. Il peut exister chez les humains des formes de communication non intentionnelles o\u00f9 l\u2019acceptation d\u2019un signal est \u00e9galement automatique, dans une foule en panique par exemple. Mais dans la communication humaine intentionnelle, un t\u00e9moignage est accept\u00e9 ou non en fonction de la confiance accord\u00e9e au locuteur. Toutefois, le t\u00e9moignage n\u2019est pas la seule forme de communication. La communication humaine peut r\u00e9ussir sans d\u00e9pendre de la confiance des destinataires. Etant donn\u00e9es les capacit\u00e9s cognitives des \u00eatres humains, et en particulier leurs capacit\u00e9s m\u00e9tarepr\u00e9sentationnelles, un communicateur n\u2019a pas pour seul moyen d\u2019emporter la conviction de son auditoire de se porter garant de la v\u00e9rit\u00e9 de ses propos. Il peut aussi fournir des raisons de le croire, et d\u00e8s lors ses auditeurs peuvent examiner ces raisons et les trouver valables, quand bien m\u00eame ils n\u2019auraient aucune confiance en lui. Pour prendre un exemple extr\u00eame, un menteur connu comme tel, dont le t\u00e9moignage ne serait jamais accept\u00e9 sur quel sujet que ce soit, peut convaincre ses auditeurs de v\u00e9rit\u00e9s logiques ou math\u00e9matiques s\u2019il en fournit une claire d\u00e9monstration.<\/p>\n<p>L\u2019aptitude \u00e0 raisonner trouve \u00e0 s\u2019exercer \u00e0 la fois dans la pens\u00e9e individuelle et dans le dialogue argumentatif. Mais il est commun\u00e9ment admis que le raisonnement est d\u2019abord et avant tout un apanage du penseur \u00abcart\u00e9sien\u00bb. Sa fonction serait alors, outre le raisonnement pratique, de permettre \u00e0 l\u2019individu de d\u00e9couvrir des faits qui avaient \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 sa perception, ou, mieux encore, d\u2019atteindre des v\u00e9rit\u00e9s th\u00e9oriques sur lesquelles la perception n\u2019offre aucune prise. Selon cette conception, le raisonnement est une forme sup\u00e9rieure de la cognition individuelle et l\u2019outil par excellence de la qu\u00eate de savoir.<\/p>\n<p>Du point de vue de la psychologie \u00e9volutionniste, cette conception a quelque chose d\u2019implausible. On s\u2019attendrait plut\u00f4t \u00e0 ce qu\u2019il existe des m\u00e9canismes inf\u00e9rentiels sp\u00e9cifiques \u00e0 certains domaines et ou \u00e0 certaines t\u00e2ches, qui correspondraient \u00e0 des probl\u00e8mes ou \u00e0 des opportunit\u00e9s rencontr\u00e9s dans l\u2019environnement au sein duquel l\u2019esp\u00e8ce \u00e0 \u00e9volu\u00e9. On voit moins bien en revanche quelles pressions auraient pu favoriser la formation d\u2019une capacit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale de raisonnement probablement lente et co\u00fbteuse, et moins efficace que des m\u00e9canismes sp\u00e9cialis\u00e9s agissant chacun dans son domaine sp\u00e9cifique. Au mieux, une telle facult\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale aurait pris en charge, et d\u2019ailleurs pas tr\u00e8s efficacement, les donn\u00e9es et les probl\u00e8mes qui n\u2019auraient pas d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 pr\u00e9empt\u00e9s par des syst\u00e8mes sp\u00e9cialis\u00e9s et plus adapt\u00e9s. Certains psychologues \u00e9volutionnistes en ont conclu qu\u2019il n\u2019existe pas de capacit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale de \u00ab\u00a0logique\u00a0\u00bb dans le dispositif psychologique humain. J\u2019ai propos\u00e9 une autre hypoth\u00e8se selon laquelle des pressions s\u00e9lectives ont pu favoriser l\u2019\u00e9mergence d\u2019un m\u00e9canisme ayant l\u2019apparence d\u2019une facult\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale de raisonnement, mais qui serait en fait sp\u00e9cialis\u00e9e dans le traitement d\u2019informations communiqu\u00e9es ou \u00e0 communiquer (Sperber 2000). La fonction d\u2019un tel m\u00e9canisme est li\u00e9e \u00e0 la communication plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 la cognition individuelle. Elle consiste \u00e0 permettre aux destinataires de mieux d\u00e9cider quels messages doivent \u00eatre accept\u00e9s, et d\u2019aider les communicateurs \u00e0 produire des messages mieux acceptables. C\u2019est l\u00e0 un m\u00e9canisme d\u2019\u00e9valuation et de persuasion, et non pas (du moins pas directement) une m\u00e9canisme de production de connaissance.<\/p>\n<p>Comme je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 sugg\u00e9r\u00e9, pour que la communication se stabilise parmi les humains, il a fallu que les destinataires d\u00e9veloppent des fa\u00e7ons de calibrer la confiance qu\u2019ils accordent \u00e0 l\u2019information re\u00e7ue tels que les b\u00e9n\u00e9fices de la communication en exc\u00e8dent nettement les co\u00fbts. A vrai dire, les b\u00e9n\u00e9fices potentiels de la communication sont si \u00e9lev\u00e9s et les risques de manipulation si s\u00e9rieux qu\u2019il est fort possible que toutes les proc\u00e9dures de calibration disponibles aient effectivement \u00e9volu\u00e9. Trois fa\u00e7ons de faire viennent \u00e0 l\u2019esprit. Tout d\u2019abord, on peut pr\u00eater attention \u00e0 des indices comportementaux de sinc\u00e9rit\u00e9 ou d\u2019insinc\u00e9rit\u00e9 (mais de tels indices peuvent, dans une certaine mesure, \u00eatre simul\u00e9s, cf. Ekman 1985). Une seconde fa\u00e7on de faire, plus importante, est d\u2019ajuster sa confiance en fonction du degr\u00e9 connu de bienveillance du communicateur \u00e0 son \u00e9gard. Ceci am\u00e8ne \u00e0 faire en g\u00e9n\u00e9ral plus confiance \u00e0 ses proches qu\u2019\u00e0 des \u00e9trangers, \u00e0 ses amis qu\u2019\u00e0 ses ennemis, etc.\u00a0; ce qui peut sembler \u00e9vident, mais est cependant bien loin de l\u2019id\u00e9e reidienne (que Reid lui-m\u00eame a nuanc\u00e9) d\u2019une \u00abdisposition \u00e0 nous confier \u00e0 la v\u00e9racit\u00e9 des autres et \u00e0 croire ce qu\u2019ils nous disent\u00bb. Il y a une troisi\u00e8me fa\u00e7on de faire, qui est de pr\u00eater attention \u00e0 la coh\u00e9rence interne du message, et aussi \u00e0 sa coh\u00e9rence externe avec ce que l\u2019on croit d\u00e9j\u00e0 savoir. Il est plausible que ces trois fa\u00e7ons de faire aient effectivement \u00e9volu\u00e9s parmi les humains. \u00a0C\u2019est la troisi\u00e8me, l\u2019examen de coh\u00e9rence qui nous retiendra ici. (J\u2019emploie les termes de\u00a0\u00ab\u00a0coh\u00e9rence\u00a0\u00bb et d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0incoh\u00e9rence\u00a0\u00bb\u00a0pour d\u00e9signer \u00e0 la fois les relations logique d\u2019implication et les relations non d\u00e9monstratives qui existent entre des donn\u00e9es et les th\u00e8ses qu\u2019elles confirment ou infirment.)<\/p>\n<p>Un probl\u00e8me bien connu de quiconque a d\u00e9j\u00e0 essay\u00e9 de mentir et de pers\u00e9v\u00e9rer dans le mensonge, est qu\u2019il est de plus en plus difficile de maintenir la coh\u00e9rence du mensonge avec ce que les auditeurs savent par ailleurs sans l\u2019enjoliver et de l\u2019enjoliver sans \u00a0compromettre sa coh\u00e9rence interne. Par ailleurs, une affirmation sinc\u00e8re mais fausse est \u00e9galement susceptible de rencontrer des probl\u00e8mes de coh\u00e9rence. Une m\u00e9thode utile pour d\u00e9tecter les fausses informations, et en particulier les mensonges, est donc de v\u00e9rifier la coh\u00e9rence interne et externe des messages.<\/p>\n<p>L\u2019examen de coh\u00e9rence devrait \u00eatre utile pour d\u00e9tecter toute fausse croyance, qu\u2019elle soit issue de la communication ou de la cognition individuelle. On pourrait donc se demander pourquoi l\u2019examen de coh\u00e9rence, si tant est qu\u2019il existe, n\u2019aurait pas d\u2019abord \u00e9volu\u00e9 comme outil de la cognition individuelle. Voici l\u2019explication\u00a0: l\u2019examen de coh\u00e9rence implique un co\u00fbt de traitement \u00e9lev\u00e9, il ne peut \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 grande \u00e9chelle sans conduire \u00e0 une explosion computationnelle, et enfin il est lui-m\u00eame faillible. Tout imparfaits qu\u2019ils soient, les m\u00e9canismes individuels de perception et d\u2019inf\u00e9rence sont sans doute assez fiables pour qu\u2019examiner la coh\u00e9rence de leurs outputs soit superflu ou m\u00eame d\u00e9savantageux. Il serait surprenant de trouver une esp\u00e8ce animale proc\u00e9dant \u00e0 un examen de coh\u00e9rence de l\u2019output de ses m\u00e9canismes de perception et d\u2019inf\u00e9rence (et si cela se produisait, il faudrait regarder de pr\u00e8s les particularit\u00e9s de l\u2019environnement informationnel de l\u2019esp\u00e8ce qui rendraient l\u2019op\u00e9ration b\u00e9n\u00e9fique).<\/p>\n<p>Je sugg\u00e8re que l\u2019examen de coh\u00e9rence, qui implique une attention m\u00e9tarepr\u00e9sentationnelle aux relations inf\u00e9rentielles d\u00e9monstratives et non d\u00e9monstratives entre repr\u00e9sentations, a \u00e9volu\u00e9 afin de profiter des b\u00e9n\u00e9fices de la communication tout en en limitant les risques. Il s\u2019agissait \u00e0 l\u2019origine d\u2019une d\u00e9fense contre le risque d\u2019\u00eatre manipul\u00e9. Ceci n\u2019est pourtant que la premi\u00e8re \u00e9tape dans une sorte de course aux armements entre communicateurs et destinataires (il s\u2019agit bien entendu des m\u00eames personnes, qui jouent tant\u00f4t un r\u00f4le, tant\u00f4t l\u2019autre et investissent plus ou moins dans chacun).<\/p>\n<p>Le mouvement suivant dans cette course aux armements entre \u00e9valuation d\u2019une part, et persuasion de l\u2019autre, s\u2019est produit du c\u00f4t\u00e9 du communicateur, et aura consist\u00e9 \u00e0 mettre bien en \u00e9vidence la coh\u00e9rence que son auditeur \u00e9tait susceptible de v\u00e9rifier avant d\u2019accepter le message, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 avoir recours \u00e0 une strat\u00e9gie de monstration honn\u00eate (<em>honest display<\/em>) \u00a0dont on trouve de nombreux analogues dans les interactions animales. Un t\u00e9moignage peut consister en une simple concat\u00e9nation de phrases descriptives. Mais mettre en \u00e9vidence la coh\u00e9rence d\u2019un message appelle une forme argumentative, l\u2019usage de termes logiques comme \u00ab\u00a0si\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0et\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0ou\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0sinon\u00a0\u00bb et de termes qui indiquent des relations inf\u00e9rentielles, tels que \u00ab\u00a0donc\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0mais\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0puisque\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0malgr\u00e9\u00a0\u00bb. On consid\u00e8re souvent comme allant de soi que notre vocabulaire inf\u00e9rentiel et logique s\u2019est d\u2019abord manifest\u00e9 en tant qu\u2019outil de r\u00e9flexion et de raisonnement, et que c\u2019est l\u00e0 sa fonction premi\u00e8re. Dans une perspective \u00e9volutionniste, ce n\u2019est gu\u00e8re plausible. L\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle ce vocabulaire est apparu comme moyen de persuasion para\u00eet plus ais\u00e9e \u00e0 d\u00e9fendre.<\/p>\n<p>Dans cette course aux armements, viennent ensuite, du c\u00f4t\u00e9 du destinataire, l\u2019\u00e9mergence d\u2019une capacit\u00e9 d\u2019examen des arguments donn\u00e9s, et du c\u00f4t\u00e9 du communicateur, une am\u00e9lioration des capacit\u00e9s d\u2019argumentation. Un m\u00e9canisme argumentatif fait de constructions rh\u00e9toriques et d\u2019\u00e9valuation \u00e9pist\u00e9mique voit ainsi le jour. Ce m\u00e9canisme traite de repr\u00e9sentations qui ont \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9es ou qui sont con\u00e7ues pour l\u2019\u00eatre, donc d\u2019objets tr\u00e8s sp\u00e9cifiques. En outre, ce m\u00e9canisme ne consid\u00e8re que certaines propri\u00e9t\u00e9s de ces repr\u00e9sentations, leurs relations logiques ou argumentatives. Autrement dit, ce m\u00e9canisme m\u00e9tarepr\u00e9sentationnel a un domaine et une t\u00e2che bien sp\u00e9cifiques. Cependant, les repr\u00e9sentations trait\u00e9es peuvent porter, quant \u00e0 elles, sur n\u2019importe quel sujet. Ce qui veut dire qu\u2019en permettant \u00e0 ces repr\u00e9sentations d\u2019\u00eatre accept\u00e9es, ce m\u00e9canisme argumentatif contribue \u00e0 produire des croyances en tout domaine, et poss\u00e8de en ce sens une sorte de g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 virtuelle.<\/p>\n<p>Que l\u2019on soit d\u2019accord ou pas avec l\u2019hypoth\u00e8se \u00e9volutionniste sugg\u00e9r\u00e9e ici, il reste que l\u2019argumentation a une fonction diff\u00e9rente pour le locuteur et l\u2019auditeur. Pour le locuteur, c\u2019est un outil de persuasion, et pour l\u2019auditeur le moyen d\u2019une \u00e9valuation critique du message. On pourrait croire qu\u2019en pr\u00e9sentant leur message sous forme coh\u00e9rente, les locuteurs compromettent leur capacit\u00e9 de tromper leur auditoire. Puisqu\u2019une argumentation valide est plus difficile \u00e0 simuler qu\u2019un t\u00e9moignage honn\u00eate, ceci est vrai, mais seulement dans une certaine mesure. Comme nous l\u2019avons vu, l\u2019examen de coh\u00e9rence ne peut gu\u00e8re \u00eatre exhaustif (surtout quand il a lieu au rythme rapide de la parole et qu\u2019il s\u2019ajoute \u00e0 l\u2019effort d\u00e9j\u00e0 significatif que recquiert la compr\u00e9hension), et de plus, il est lui-m\u00eame faillible. Les arguments effectivement employ\u00e9s sont au mieux enthym\u00e9matiques, et le plus souvent ne font qu\u2019allusion \u00e0 l\u2019existence et \u00e0 la structure\u00a0d\u2019une d\u00e9monstration compl\u00e8te. Une argumentation efficace, du point de vue du communicateur, est une argumentation capable de soutenir le niveau d\u2019examen auquel elle sera probablement soumise par l\u2019auditeur. Pour l\u2019auditeur, des consid\u00e9rations de co\u00fbt et de b\u00e9n\u00e9fice rentrent en jeu\u00a0: le risque d\u2019\u00eatre tromp\u00e9 doit \u00eatre mis en regard du risque de refuser une information vraie et pertinente (comme pour le t\u00e9moignage) et du co\u00fbt de traitement que repr\u00e9sente un examen de coh\u00e9rence de l\u2019argument. Ce dernier type du co\u00fbt peut \u00eatre modul\u00e9 par une v\u00e9rification plus ou moins approfondie\u00a0; \u00a0il est clair qu\u2019il ne serait pas avantageux d\u2019examiner \u00e0 fond la coh\u00e9rence de chaque argument. Cela ouvre un espace pour un usage trompeur de l\u2019argumentation bien connu depuis les Sophistes.<\/p>\n<p>A l\u2019aune d\u2019une norme logique ou \u00e9pist\u00e9mologique, le sophisme est un usage pervers de l\u2019argumentation, une pratique qui en contredit la raison d\u2019\u00eatre. Dans la perspective \u00e9volutionniste esquiss\u00e9e ici, le sophisme est une mani\u00e8re malhonn\u00eate d\u2019utiliser la \u00ab\u00a0strat\u00e9gie de monstration honn\u00eate\u00a0\u00bb pour le plus grand b\u00e9n\u00e9fice du locuteur. Autrement dit, la sophistique contribue \u00e0 rendre l\u2019argumentation adaptative.<\/p>\n<h3>Conclusion<\/h3>\n<p>Pour toute fonction, il est possible d\u2019\u00e9valuer normativement le degr\u00e9 auquel cette fonction est effectivement remplie. En ce sens, une fonction implique une norme. Puisque la fonction de la communication se pr\u00e9sente diff\u00e9remment pour le communicateur et pour le destinataire, on peut estimer dans quelle mesure une pratique communicationnelle permet aux communicateurs de provoquer des effets souhait\u00e9s chez les destinataires, et dans quelle mesure elle apporte aux destinataires des informations vraies et pertinentes. On peut, \u00e0 partir de l\u00e0, arriver \u00e0 une \u00e9valuation globale du degr\u00e9 auquel cette pratique offre aux deux parties un b\u00e9n\u00e9fice suffisant pour qu\u2019elle se perp\u00e9tue.<\/p>\n<p>Il pourrait sembler alors qu\u2019une approche des pratiques communicationnelle dans une perspective \u00e9pist\u00e9mologique v\u00e9riste comme celle de Goldman, revient \u00e0 adopter la perspective des destinataires, et \u00e0 prescrire une norme tout \u00e0 fait justifiable d\u2019un point de vue moral ou pragmatique, mais qui n\u2019est pas la norme qui r\u00e9git effectivement la communication. Toutefois, la situation v\u00e9ritable est plus complexe et plus int\u00e9ressante qu\u2019il n\u2019y para\u00eet. Les communicateurs se pr\u00e9sentent eux-m\u00eames comme honn\u00eates, qu\u2019ils le soient ou non, et que ce soit ou non leur int\u00e9r\u00eat de l\u2019\u00eatre. Sans se pr\u00e9senter comme honn\u00eate, un menteur ne pourrait m\u00eame pas entreprendre de mentir. De m\u00eame, les sophistes, s\u2019ils ne se pr\u00e9sentaient pas comme des argumentateurs rationnels, ne r\u00e9ussiraient jamais \u00e0 persuader qui que ce soit. Le point de vue des destinataires d\u00e9termine donc une norme implicite intrins\u00e8que \u00e0 toute communication, qui est une norme de v\u00e9racit\u00e9 pour le t\u00e9moignage et de rationalit\u00e9 pour l\u2019argumentation. Cette norme n\u2019est pas impos\u00e9e de l\u2019ext\u00e9rieur, ni n\u2019appartient qu\u2019\u00e0 un seul des deux points de vue sur la communication. Elle est en principe accept\u00e9e par les deux parties.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Pour r\u00e9sumer tout l\u2019argument de ce texte, on pourrait dire que la norme de v\u00e9rit\u00e9 implicite dans la communication (\u00e9tudi\u00e9e plus en d\u00e9tail dans Sperber et Wilson, 2002) est, dans une certaine mesure et de fa\u00e7on int\u00e9ressante, en tension avec la fonction m\u00eame de la communication. En cons\u00e9quence, les perspectives de connaissance dont parle Goldman ne sont pas seulement \u00e9clair\u00e9es (et ce consid\u00e9rablement) mais aussi menac\u00e9es par un fonctionnement efficace des pratiques communicationnelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">(Traduit de l\u2019anglais par Nathan Sperber)<\/p>\n<p align=\"center\"><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/p>\n<p>Allen, C., Bekoff, M. &amp; Lauder, G. (eds.) 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(2001) 29: 401-413.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[19,5,7,8,6,9],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/127"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=127"}],"version-history":[{"count":22,"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/127\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1472,"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/127\/revisions\/1472"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=127"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=127"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=127"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}