{"id":6,"date":"1967-09-01T14:28:28","date_gmt":"1967-09-01T13:28:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.dan.sperber.fr\/?p=6"},"modified":"2018-04-24T19:53:41","modified_gmt":"2018-04-24T18:53:41","slug":"leach-et-les-anthropologues","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/?p=6","title":{"rendered":"Dan Sperber (1967) <b>Leach et les anthropologues<\/b>. <i>Cahiers Internationaux de Sociologie XLIII<\/i>, 123-142."},"content":{"rendered":"<p style=\"padding-left: 60px;\">Mon premier article de recherche.\u00a0[<a href=\"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/wp-content\/uploads\/1967_leach-et-les-anthropologues.pdf\">PDF version<\/a>]<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">(1967) <em>Cahiers Internationaux de Sociologie<\/em>, XLIII, 123-142.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Dan Sperber<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">EDMUND LEACH ET LES ANTHROPOLOGUES<\/h3>\n<p>Deux citations pour donner le ton :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">\u00ab Je suis, je dois l&#8217;avouer, fr\u00e9quemment ennuy\u00e9 par les faits. Je n&#8217;aurai pas, me semble-t-il, l&#8217;occasion de visiter la Polyn\u00e9sie ou les territoires du nord do la C\u00f4te-d&#8217;Or, et je ne peux \u00e9veiller en moi aucun int\u00e9r\u00eat v\u00e9ritable pour les particularit\u00e9s culturelles des Tikopia ou bien des Tallensi. Je lis les ouvrages des ProfesseursFirth ou Fortes non par int\u00e9r\u00eat pour les faits, mais pour apprendre quelque chose sur les principes derri\u00e8re les faits \u00bb <em>(Political Systems of Highland Burma, <\/em>1954, p. 227 ; d\u00e9sormais <em>PSHB). <\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">\u00ab Comme il convient en une occasion o\u00f9 nous honorons la m\u00e9moire de Bronislaw Malinowski, je vais \u00eatre \u00e9gotiste jusqu&#8217;au bout. Je vais laisser entendre mon propre m\u00e9rite en condamnant l&#8217;\u0153uvre de mes arnis les plus proches. Mais il y aura de la m\u00e9thode dans ma perfidie. Mon propos est de distinguer entre deux vari\u00e9t\u00e9s assez semblables de g\u00e9n\u00e9ralisation comparative qui l&#8217;une et l&#8217;autre reviennent de temps en temps dans l&#8217;anthropologie sociale britan\u00adnique contemporaine. L&#8217;une d&#8217;elles, que je n&#8217;aime pas, provient de l&#8217;\u0153uvre de Radcliffe-Brown ; l&#8217;autre, que j&#8217;admire, est issue de l&#8217;\u0153uvre de L\u00e9vi-Strauss. Il faut que les diff\u00e9rences entre ces deux approches soient correctement comprises, aussi vais-je illustrer mon propos de fa\u00e7on vivement contrast\u00e9e, tout en noir et tout en blanc. Sous cette forme rude, et exag\u00e9r\u00e9e, le Professeur\u00a0L\u00e9vi-Strauss pourrait bien r\u00e9pudier la paternit\u00e9 des id\u00e9es que je veux faire comprendre. D&#8217;o\u00f9 mon \u00e9gotisme ; que le bl\u00e2me soit tout pour moi.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">\u00abMon probl\u00e8me est simple. Comment un anthropologue moderne, muni de toute l&#8217;\u0153uvre de Malinowski, de Radcliffe-Brown et de leurs successeurs, peut-il se lancer dans les g\u00e9n\u00e9ralisations avec le moindre espoir d&#8217;aboutir \u00e0 des conclusions satisfaisantes ? Ma r\u00e9ponse, elle aussi, est assez simple; la voici : <em>en consid\u00e9rant que les id\u00e9es organisationnelles qui sont pr\u00e9sentes dans toute soci\u00e9t\u00e9 constituent un agencement <\/em>(pattern) <em>math\u00e9matique <\/em>\u00bb <em>(Rethinking Anthropology, <\/em>1961, p. 2 ; d\u00e9sormais <em>RA). <\/em><\/p>\n<p>On a dit que l&#8217;on devient psychologue quand on est m\u00e9content de soi-m\u00eame, sociologue quand on est m\u00e9content de sa soci\u00e9t\u00e9, et anthropologue quand on est m\u00e9content de l&#8217;un et de l&#8217;autre. Lorsque de surcro\u00eet on n&#8217;est pas satisfait de l&#8217;anthropologie actuelle, on devient Edmund Leach ou son fid\u00e8le lecteur.<!--more--><\/p>\n<p>L&#8217;\u0153uvre d&#8217;Edmund Leach comprend trois monographies \u2014 un exercice sur les Kurdes de Rawanduz (1940), un classique d&#8217;anthro\u00adpologie politique : <em>Political Systems of Highland Burma <\/em>(1954), et l&#8217;\u00e9tude mod\u00e8le de <em>Pul Eliya, A Village in Ceylon <\/em>(1961 ; d\u00e9sor\u00admais <em>PE) \u2014 <\/em>plus un grand nombre d&#8217;articles dont plusieurs ont \u00e9t\u00e9 rassembl\u00e9s en volume sous le titre caract\u00e9ristique de <em>Rethinking Anthropology <\/em>(1961, trad. fran\u00e7aise en pr\u00e9paration). Mais qu&#8217;il parle du roi Salomon, des Kachin de Birmanie, ou du concept de mariage, c&#8217;est toujours \u00e0 ses coll\u00e8gues que Edmund Leach en a.<\/p>\n<p><em>Edmund Leach et les fonctionnalistes <\/em>[1]. \u2014 Il s&#8217;en prend d&#8217;abord \u00e0 l&#8217;anthropologie britannique telle que l&#8217;ont marqu\u00e9e Malinowski et Radcliffe-Brown. A premi\u00e8re vue, quoi de neuf avec ces deux ma\u00eetres ? D&#8217;une part, une ethnographie beaucoup plus rigoureuse sur le mod\u00e8le des \u00e9tudes trobriandaises de Malinowski, d&#8217;autre part, une, ou plut\u00f4t deux, th\u00e9ories \u00abfonctionnalistes\u00bb en ethno\u00adlogie : la premi\u00e8re, durkheimienne, impos\u00e9e par Radcliffe-Brown, et que Leach oppose ainsi \u00e0 celle de Malinowski : \u00ab Durkheim met syst\u00e9matiquement les faits sociaux en rapport avec les fins et besoins sociaux en analogie avec le rapport des faits biologiques aux fins et besoins biologiques. Par contre, Malinowski use du concept de fonction pour lier les faits sociaux aux fins et besoins biologiques \u00bb <em>(The epistemological background lo Malinowski&#8217;s Empiricism, <\/em>1957).<\/p>\n<p>En y regardant de plus pr\u00e8s, ce qui a vraiment chang\u00e9, ce \u00e0 quoi Edmund Leach r\u00e9agit, c&#8217;est le rapport ethnographie\/ethno\u00adlogie. Malinowski n&#8217;est pas le premier qui ait pass\u00e9 plusieurs ann\u00e9es dans une m\u00eame ethnie, travaill\u00e9 dans la langue indig\u00e8ne et ramen\u00e9 une ethnographie d\u00e9taill\u00e9e. Plusieurs administrateurs et mission\u00adnaires de la fin du si\u00e8cle dernier et du d\u00e9but de ce si\u00e8cle ont fait de m\u00eame. Mais ces derniers avaient, outre leurs pr\u00e9jug\u00e9s, un esprit de collectionneur, ou si l&#8217;on pr\u00e9f\u00e8re, de naturaliste ; tout, pour eux, \u00e9tait \u00e9galement digne d&#8217;\u00eatre enregistr\u00e9. Malinowski am\u00e8ne <em>sur le terrain <\/em>un souci ethnologique nouveau. Et Radcliffe-Brown renforce chez ses \u00e9l\u00e8ves ce sentiment que l&#8217;ethnographie doit s&#8217;inscrire dans un cadre th\u00e9orique et que tous les faits ne sont pas \u00e9galement pertinents pour l&#8217;analyse.<\/p>\n<p>Sont pertinents d\u00e9sormais les faits qui illustrent ou bien r\u00e9futent l&#8217;hypoth\u00e8se fonctionnaliste. Or, dire que des activit\u00e9s partielles contribuent \u00e0 l&#8217;activit\u00e9 totale du syst\u00e8me auquel elles appartiennent, est une hypoth\u00e8se tr\u00e8s faible. Dans ce cadre, beau\u00adcoup de faits sont \u00e9quivalents, beaucoup de variations rel\u00e8vent soit d&#8217;inventaires ind\u00e9finis de possibilit\u00e9s fonctionnellement semblables, soit d&#8217;un flottement pr\u00eat\u00e9 au social. Si bien qu&#8217;une monographie fonctionnaliste est souvent moins utile \u00e0 celui qui veut r\u00e9analyser les faits \u00e0 partir d&#8217;hypoth\u00e8ses diff\u00e9rentes, qu&#8217;une description ant\u00e9rieure et moins sophistiqu\u00e9e.<\/p>\n<p>Les fonctionnalistes ont palli\u00e9 cette faiblesse de deux mani\u00e8res : en renfor\u00e7ant l&#8217;hypoth\u00e8se g\u00e9n\u00e9rale ; en multipliant les hypoth\u00e8ses particuli\u00e8res.<\/p>\n<p>L&#8217;hypoth\u00e8se g\u00e9n\u00e9rale est renforc\u00e9e de la fa\u00e7on suivante : on assume premi\u00e8rement que les syst\u00e8mes particuliers (parent\u00e9, poli\u00adtique, \u00e9conomique, etc.), forment ensemble un syst\u00e8me social unique, propre \u00e0 une population et, \u00e0 une aire \u00e0 peu pr\u00e8s d\u00e9limit\u00e9es. Autrement dit, l&#8217;anthropologie donne une signification forte au concept de \u00ab soci\u00e9t\u00e9 \u00bb. Deuxi\u00e8mement, on assume qu&#8217;un tel sys\u00adt\u00e8me, ainsi circonscrit sinon clos, tend \u00e0 l&#8217;\u00e9quilibre, c&#8217;est-\u00e0-dire \u00e0 se perp\u00e9tuer tel qu&#8217;il est. Le changement est rapport\u00e9 \u00e0 des facteurs externes.<\/p>\n<p>Les hypoth\u00e8ses particuli\u00e8res concernent les rapports fonc\u00adtionnels entre des types d&#8217;institutions (par exemple : rituel et politique, segmentation et parent\u00e9, compensation matrimoniale et stabilit\u00e9 du mariage). Pour pousser ces hypoth\u00e8ses assez loin, les anthropologues sont amen\u00e9s \u00e0 d\u00e9velopper des typologies de plus en plus fines et a d\u00e9finir les faits sociaux de fa\u00e7on de plus en plus pr\u00e9cise.<\/p>\n<p>Dans <em>Political Systems of Highland Burma, <\/em>Edmund Leach fait perdre l&#8217;\u00e9quilibre \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Au nord-est de la Birmanie habitent deux populations : les Shan, principalement dans les vall\u00e9es, et les Kachin sur les hauteurs. Les ethnographes, avant Leach, avaient \u00e9tudi\u00e9 soit les uns, soit les autres (ou un groupe particulier de Kachin), \u00e9tant entendu qu&#8217;on avait affaire l\u00e0 \u00e0 deux soci\u00e9t\u00e9s diff\u00e9rentes. A vouloir d\u00e9limiter les soci\u00e9t\u00e9s, on risque fort d&#8217;en trouver beaucoup plus que deux : les Shan parlent presque tous des dialectes d&#8217;une m\u00eame langue (le Ta\u00ef), sont bouddhistes, cultivent le riz inond\u00e9, vivent dans les Etats \u00ab f\u00e9odaux \u00bb, dispers\u00e9s au milieu de populations Kachin. Ces \u00c9tats pr\u00eataient all\u00e9geance soit aux Chinois, soit aux Birmans, soit \u00e0 l&#8217;\u00c9tat, Shan lui-m\u00eame, de M\u00f4ng Kawng. A l&#8217;int\u00e9rieur des \u00c9tats Shan il y a une proportion forte, voire majoritaire, de, non-Shan, en particulier de Kachin.<\/p>\n<p>Les Kachin parlent un grand nombre de dialectes de quatre langues diff\u00e9rentes (Jinghpaw, Maru, Nung, Lisu), r\u00e9parties de fa\u00e7on irr\u00e9guli\u00e8re ; ils pratiquent soit une culture itin\u00e9rante, soit une culture sur terrasse ; ils ont tous un syst\u00e8me de clans patrili\u00adn\u00e9aires ; ils sont c\u00e9l\u00e8bres en ethnologie pour leurs alliances asym\u00e9\u00adtriques, qu&#8217;ils ne pratiquent d&#8217;ailleurs pas tous avec la m\u00eame rigueur ; ils vivent en petites communaut\u00e9s de quelques villages, qui sont organis\u00e9es tant\u00f4t sur un mod\u00e8le aristocratique <em>(gumsa), <\/em>tant\u00f4t selon un principe \u00e9galitaire <em>(gumlao) ; <\/em>ils ne sont pas bouddhistes.<\/p>\n<p>On voit que les crit\u00e8res qu&#8217;on pourrait retenir pour d\u00e9limiter les soci\u00e9t\u00e9s s&#8217;appliquent sans se recouvrir : l&#8217;inventaire diff\u00e8re selon qu&#8217;on privil\u00e9gie l&#8217;ethnique, le politique, le linguistique, le culturel ou l&#8217;\u00e9conomique. Si encore ces crit\u00e8res s&#8217;appliquaient de fa\u00e7on homog\u00e8ne dans le temps ! Mais bien au contraire, les commu\u00adnaut\u00e9s <em>gumsa <\/em>deviennent <em>gumlao <\/em>et <em>vice versa, <\/em>et des Kachin deviennent Shan.<\/p>\n<p>L&#8217;histoire europ\u00e9enne nous donne des faits de m\u00eame nature et aucun anthropologue f\u00e9ru de soci\u00e9t\u00e9s en \u00e9quilibre n&#8217;a cherch\u00e9 \u00e0 le nier. Mais combien de cas semblables \u00e0 celui des Kachin ont \u00e9t\u00e9 m\u00e9connus. Le lecteur familier de la litt\u00e9rature anthropolo\u00adgique voit bien en lisant <em>PSHB <\/em>comment les m\u00eames faits pouvaient \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9s de fa\u00e7on radicalement diff\u00e9rente ; comment, par exemple, un chercheur passant un ou deux ans dans une commu\u00adnaut\u00e9 de langue Jinghpaw et de syst\u00e8me politique <em>gumsa, <\/em>d\u00e9crirait une soci\u00e9t\u00e9 homog\u00e8ne et en \u00e9quilibre. Il pourrait le faire, par un artifice conceptuel, sans m\u00eame ignorer l&#8217;histoire : sa \u00ab soci\u00e9t\u00e9 \u00bb se serait constitu\u00e9e du jour o\u00f9 elle serait devenue <em>gumsa, <\/em>le syst\u00e8me <em>gumlao <\/em>et plus encore le syst\u00e8me Shan caract\u00e9risant une autre soci\u00e9t\u00e9 dans le temps ou dans l&#8217;espace.<\/p>\n<p>C&#8217;est, de fait, l&#8217;attitude qu&#8217;ont prise aussi bien les adminis\u00adtrateurs britanniques que les anthropologues avant Leach : ils ont s\u00e9par\u00e9 compl\u00e8tement Shan et Kachin, et ont consid\u00e9r\u00e9, plus ou moins en accord avec la mythologie <em>gumsa, <\/em>les groupes <em>gumlao <\/em>comme des rebelles de fra\u00eeche date. Or, une telle approche, soutient Leach, n&#8217;est pas seulement born\u00e9e dans le temps et dans l&#8217;espace, elle m\u00e9conna\u00eet radicalement la nature des faits \u00e9tudi\u00e9s : le propre des syst\u00e8mes politiques de Haute Birmanie est de constituer des possibilit\u00e9s th\u00e9oriques conceptuellement li\u00e9es et oppos\u00e9es, entre lesquelles les communaut\u00e9s Kachin oscillent sans jamais en r\u00e9aliser aucune compl\u00e8tement.<\/p>\n<p>A cet \u00e9gard, selon Leach, les Kachin et les anthropologues se comportent quelque peu de la m\u00eame mani\u00e8re. Les uns comme les autres usent de mod\u00e8les conceptuels : le politique est pens\u00e9 selon un ensemble de cat\u00e9gories li\u00e9es entre elles et qui donnent n\u00e9ces\u00adsairement de par leur nature l&#8217;image d&#8217;un syst\u00e8me en \u00e9quilibre. L&#8217;\u00e9quilibre est dans les concepts, dans le mod\u00e8le, non dans les faits. L\u00e0 o\u00f9 les Kachin sont plus \u00ab vrais \u00bb que les anthropologues, c&#8217;est qu&#8217;ils usent de plusieurs mod\u00e8les con\u00e7us comme les termes d&#8217;un choix, qu&#8217;ils connaissent et utilisent la possibilit\u00e9 de devenir Shan, <em>gumsa <\/em>ou <em>gumlao.<\/em><\/p>\n<p>On se demandera plus loin si Leach expose l\u00e0 une restriction due \u00e0 la nature du mod\u00e8le conceptuel, ou seulement une faiblesse du mod\u00e8le fonctionnaliste. Mais pour se convaincre qu&#8217;en ce qui concerne ce dernier, sa critique porte, il suffit de repenser mainte\u00adnant, d&#8217;autres cas analys\u00e9s par l&#8217;anthropologie classique. On en prendra un seul exemple ; celui des Nguni d&#8217;Afrique du Sud, pour lesquels les anthropologues qui nous ont donn\u00e9 des mod\u00e8les fonctionnalistes, n&#8217;avaient pas le douteux avantage d&#8217;ignorer l&#8217;histoire.<\/p>\n<p>L&#8217;image qu&#8217;ils nous ont sugg\u00e9r\u00e9e est en gros la suivante : Les Nguni, qui occupent le sud-est do l&#8217;Afrique du Sud et le Swaziland, sont, au sud, divis\u00e9s entre de nombreuses tribus plus ou moins Soumises \u00e0 l&#8217;autorit\u00e9 du chef, et parfois d\u00e9sign\u00e9es collectivement par le nom de l&#8217;une d&#8217;entre elles, les Xhosa. A l&#8217;extr\u00eame nord-est, le royaume Swazi est soumis a une aristocratie, et entre les Xhosa et les Swazi, plusieurs tribus ont \u00e9t\u00e9 unifi\u00e9es en royaumes au d\u00e9but du si\u00e8cle dernier par l&#8217;une d&#8217;entre elles, les Zulu. Au nord-ouest des Nguni sont les Sotho ; chez eux aussi, des tribus et des royaumes dont, en particulier, le Lesotho, constitu\u00e9 en r\u00e9action \u00e0 l&#8217;expansion Zulu.<\/p>\n<p>Max Gluckman explique bri\u00e8vement l&#8217;apparition du royaume Zulu par une pression d\u00e9mographique accrue (un facteur, plus qu&#8217;une cause). L&#8217;histoire du royaume, longue de moins d&#8217;un si\u00e8cle, comporte plusieurs scissions et r\u00e9bellions. Max Gluckman s&#8217;ap\u00adplique \u00e0 montrer que ces derni\u00e8res ne mettent pas en cause le syst\u00e8me et qu&#8217;elles auraient plut\u00f4t tendance \u00e0 en maintenir la coh\u00e9sion.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 Swazi, la soci\u00e9t\u00e9 Zulu, les soci\u00e9t\u00e9s Xhosa, les soci\u00e9t\u00e9s Sotho ont pour la plupart, fait l&#8217;objet de monographies d\u00e9taill\u00e9es dont la contribution au savoir anthropologique est consid\u00e9rable (cf. Hunter, Krige, Kuper, Shapera). Mais, l&#8217;unit\u00e9 et la diversit\u00e9 culturelles semblent s&#8217;y r\u00e9sumer \u00e0 la pr\u00e9sence ou \u00e0 l&#8217;absence de telles institutions ou de tels traits institutionnels dans l&#8217;une ou l&#8217;autre des ethnies &#8212; et, en particulier, royaumes et chefferies apparaissent comme autant de syst\u00e8mes ind\u00e9pendants et \u00e9qui\u00adlibr\u00e9s. Or, apr\u00e8s Leach, on aimerait repenser les soci\u00e9t\u00e9s Nguni (et Sotho) sur les bases suivantes :<\/p>\n<p>Ces soci\u00e9t\u00e9s ne disposent-elles pas de deux mod\u00e8les de relations politiques, l&#8217;un segmentaire, l&#8217;autre hi\u00e9rarchique, quel que soit celui qui domine \u00e0 un moment donn\u00e9 au niveau du pouvoir ? Le passage de l&#8217;un \u00e0 l&#8217;autre (dont l&#8217;apparition du royaume Zulu n&#8217;est pas le seul cas) ne met pas seulement en question le groupe o\u00f9 il op\u00e8re, mais tout, l&#8217;ensemble r\u00e9gional ; les diff\u00e9rences cultu\u00adrelles ne sont pas seulement, un objet de r\u00e9flexion pour l&#8217;anthro\u00adpologue, mais aussi un cadre d&#8217;action pour les groupes. Une telle analyse, si elle \u00e9tait men\u00e9e a bien, n&#8217;aurait pas pour seul effet d&#8217;\u00e9clairer mieux les soci\u00e9t\u00e9s sud-africaines, elle s&#8217;opposerait \u00e0 la notion du politique telle que l&#8217;ont appliqu\u00e9e les sp\u00e9cialistes, faisant d\u00e9sormais du dynamisme et de la possibilit\u00e9 de choix une part int\u00e9grante de l&#8217;explication.<\/p>\n<p>Max Gluckman s&#8217;est r\u00e9cemment rapproch\u00e9 d&#8217;un tel point de vue ; dans son introduction a <em>Order and R\u00e9bellion in Tribal Africa <\/em>(1963) il \u00e9crit : \u00ab Nous devons consid\u00e9rer tout \u00c9tat parti\u00adculier comme impliqu\u00e9 dans le champ total des relations avec les \u00c9tats voisins. \u00bb Et dans son <em>Politics, Law and Ritual in Tribal Society <\/em>(1965) : \u00ab Des r\u00e9gions d&#8217;Afrique ont probablement montr\u00e9 ce qu&#8217;on peut appeler un \u00e9quilibre oscillant entre un large \u00c9tat maintenu uni pour un temps et plusieurs petits \u00c9tats. A certains \u00e9gards, ceci est semblable \u00e0 l&#8217;image que Leach donne des <em>Syst\u00e8mes politiques de Haute Birmanie <\/em>\u00bb (p. 153). Mais, pour Gluckman, il s&#8217;agit d&#8217; \u00ab \u00e9quilibre oscillant \u00bb, et il d\u00e9veloppe : \u00ab Leach, cit\u00e9 plus haut, a trouv\u00e9 que l&#8217;\u00e9quilibre oscillait entre un \u00e9tat de choses o\u00f9 l&#8217;un des lignages exer\u00e7ait un prestige (plut\u00f4t qu&#8217;une autorit\u00e9) aristocratique sur plusieurs autres lignages, et une phase o\u00f9 ce prestige s&#8217;\u00e9croulait et o\u00f9 les lignages \u00e9taient \u00e9gaux entre eux, pour revenir \u00e0 une situation o\u00f9 un lignage aristocratique r\u00e9\u00e9mergeait. Il a pens\u00e9 avoir affaire au changement social, et a tir\u00e9 argument de cet exemple pour affirmer, \u00e0 tort, que les autres anthropologues avaient une vue trop statique de l&#8217;\u00e9quilibre. Il a lui-m\u00eame confondu un \u00e9quilibre oscillant avec un processus de changement radical, dans lequel est modifi\u00e9e la structure m\u00eame du syst\u00e8me, \u00e0 la fois dans le caract\u00e8re de plusieurs de ses parties et dans les relations de ces parties entre elles \u00bb (p. 282).<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat est essentiel : ce sont les concepts d&#8217;\u00e9quilibre et de changement qui sont en cause. Si l&#8217;on peut ramener l&#8217;analyse de Leach \u00e0 un mod\u00e8le d&#8217;\u00e9quilibre connu, comme l&#8217;affirme Gluckman, <em>PSHB <\/em>laisse intactes les th\u00e9ories fonctionnalistes qui r\u00e9f\u00e8rent le changement social aux facteurs externes (et en particulier au contact de cultures) ou, au mieux, au dysfonctionnel.<\/p>\n<p>Il nous semble cependant que parler d&#8217;\u00e9quilibre \u00e0 propos de <em>PSHB, <\/em>c&#8217;est mal lire Leach et oublier quelque peu ce qu&#8217;on entend par \u00e9quilibre dans l&#8217;anthropologie fonctionnaliste. Premi\u00e8rement, Leach ne dit nulle part que les communaut\u00e9s Kachin doivent ind\u00e9finiment passer du <em>gumsa <\/em>au <em>gumlao <\/em>et inversement : il montre seulement deux dynamismes \u00e0 l&#8217;\u0153uvre, celui qui pousse des chefs de lignage Kachin \u00e0 essayer de devenir des princes de type Shan, et celui qui pousse les autres lignages \u00e0 profiter des contradictions des premiers pour imposer un syst\u00e8me \u00e9galitaire. Deuxi\u00e8mement, il n&#8217;affirme jamais que ces dynamismes soient les seuls facteurs internes \u00e0 l&#8217;\u0153uvre, ni qu&#8217;ils doivent n\u00e9cessaire\u00adment l&#8217;emporter \u00e0 tour de r\u00f4le. Il donne m\u00eame des exemples du contraire. Donc, \u00e0 supposer que l&#8217;on consid\u00e8re l&#8217;ensemble des syst\u00e8mes <em>gumlao <\/em>et <em>gumsa <\/em>comme constituant un syst\u00e8me unique, celui-ci n&#8217;est nulle part d\u00e9crit comme un \u00e9quilibre oscillant. Mais, de toute fa\u00e7on, peut-on parler d&#8217;un syst\u00e8me unique? Seulement, nous dit Leach, au niveau du langage et de la mythologie, et en consid\u00e9rant cette derni\u00e8re comme un ensemble de variantes contradictoires. On est loin du \u00ab syst\u00e8me \u00bb des fonctionnalistes, qui d\u00e9signe les rapports entre les groupes et\/ou entre les institutions \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur d&#8217;un m\u00eame type de communaut\u00e9. Or, \u00e0 ce niveau, il y a bien changement chez les Kachin. L&#8217;id\u00e9e selon laquelle le change\u00adment renverrait n\u00e9cessairement \u00e0 des facteurs externes, en parti\u00adculier au contact des soci\u00e9t\u00e9s, et serait par l\u00e0 irr\u00e9versible, est r\u00e9fut\u00e9e.<\/p>\n<p>Tentera-t-on encore de sauver la\u00a0 th\u00e9orie fonctionnaliste\u00a0 du changement social en en distinguant quatre types, selon qu&#8217;il est interne ou externe, r\u00e9versible ou irr\u00e9versible ? Mais Leach donne \u00e0 penser que de telles distinctions, qui pourraient peut-\u00eatre se r\u00e9v\u00e9ler pertinentes au terme de l&#8217;analyse, ne le sont pas \u00e0 son principe [2]: interne et externe, r\u00e9versible et irr\u00e9versible peuvent d\u00e9pendre du point de vue adopt\u00e9 dans l&#8217;espace et dans le temps autant ou plus que de la nature des faits.<\/p>\n<p>Le \u00ab syst\u00e8me \u00bb fonctionnel n&#8217;est ni un ensemble de concepts, ni un ensemble de pratiques; c&#8217;est un ensemble d&#8217;institutions. Les hypoth\u00e8ses particuli\u00e8res de l&#8217;anthropologie fonctionnaliste portent sur ces institutions. Edmund Leach a, dans son \u0153uvre, critiqu\u00e9 nombre de ces hypoth\u00e8ses, mais, en g\u00e9n\u00e9ral, il pense qu&#8217;elles ont le d\u00e9faut r\u00e9dhibitoire de porter sur des objets fictifs. Elles utilisent des concepts lourdement \u00e9labor\u00e9s qui encha\u00eenent l&#8217;imagination et \u00e9ludent la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans son \u00e9tude sur <em>Pul Eliya, <\/em>il explique comment il en est arriv\u00e9 \u00e0 un tel point de vue : Il voulait rendre compte de la conti\u00adnuit\u00e9 d&#8217;une communaut\u00e9 d\u00e9pourvue de ces institutions qui classi\u00adquement expliquent le maintien d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 : lignages, soci\u00e9t\u00e9s secr\u00e8tes ou sectes. Son probl\u00e8me s&#8217;est trouv\u00e9 r\u00e9solu du jour o\u00f9 il a consid\u00e9r\u00e9 que \u00ab l&#8217;entit\u00e9 permanente n&#8217;est pas la <em>soci\u00e9t\u00e9 <\/em>de Pul Eliya, mais Pul Eliya lui-m\u00eame \u00bb avec son organisation du sol et de l&#8217;irrigation. Cette organisation est plusieurs fois centenaire. Elle peut constituer un probl\u00e8me pour l&#8217;historien ; mais les villageois n&#8217;ont rien de mieux \u00e0 faire que de s&#8217;organiser en fonction d&#8217;elle. Inutile de chercher dans des \u00ab institutions \u00bb morales ou juridiques plus ou moins licitement abstraites de la r\u00e9alit\u00e9, le principe d&#8217;une continuit\u00e9 fond\u00e9e au ras du sol.<\/p>\n<p>La parent\u00e9 a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e par les fonctionnalistes comme portant essentiellement sur l&#8217;attribution d&#8217;un statut social aux individus de par leur naissance. Pour Claude L\u00e9vi-Strauss la parent\u00e9 am\u00e9nage la circulation des femmes. Leach, apr\u00e8s avoir suivi L\u00e9vi-Strauss dans des textes ant\u00e9rieurs, ajoute : \u00ab Les syst\u00e8mes de parent\u00e9 n&#8217;ont pas de \u00ab r\u00e9alit\u00e9 \u00bb du tout, sinon en rapport avec la terre et la propri\u00e9t\u00e9. Ce que l&#8217;anthropologue appelle struc\u00adture de parent\u00e9 est seulement une fa\u00e7on de parler des rapports de propri\u00e9t\u00e9 dont on peut aussi parler d&#8217;autres mani\u00e8res \u00bb <em>(PE, <\/em>p. 305). On voit imm\u00e9diatement en quoi la th\u00e8se de Leach est limit\u00e9e et n&#8217;abolit pas enti\u00e8rement les probl\u00e9matiques ant\u00e9rieures : si la parent\u00e9 est un langage parmi d&#8217;autres \u2014 et on pr\u00e9f\u00e9rerait dire un syst\u00e8me de communication, car il y a \u00e0 la fois code et r\u00e9seau \u2014, pourquoi ce langage est-il privil\u00e9gi\u00e9 ? Quelles sont ses contraintes propres ? Et pourquoi, si la parent\u00e9 \u00ab parle \u00bb, parlerait-elle toujours de la m\u00eame chose ? Mais ces questions vont de soi ; celles que pose Leach sont moins \u00e9videntes.<\/p>\n<p>On n&#8217;ignorait pas, par exemple, l&#8217;importance de la parent\u00e9 fictive. L&#8217;explication classique en \u00e9tait logiquement post\u00e9rieure \u00e0 celle de la parent\u00e9 \u00ab r\u00e9elle \u00bb. Les r\u00e8gles de filiation \u00e9tablissent et caract\u00e9risent un r\u00e9seau de relations qui peuvent servir de mod\u00e8le \u00e0 des relations fictives, mais sociologiquement semblables et li\u00e9es aux premi\u00e8res.<\/p>\n<p>Leach sugg\u00e8re d&#8217;abord que la filiation n&#8217;est pas moins un lan\u00adgage que la fiction qui y suppl\u00e9e parfois. Il faut donc chercher d&#8217;embl\u00e9e les principes qui feront qu&#8217;un individu ou une famille sera reconnu comme appartenant au groupe de parent\u00e9, que cette reconnaissance puisse \u00eatre exprim\u00e9e par des faits g\u00e9n\u00e9alogiques ou non. Ainsi, \u00e0 Pul Eliya, on trouve une sous-caste endogame <em>(variga). <\/em>\u00ab Le test d&#8217;appartenance au <em>variga <\/em>ne porte jamais sur un probl\u00e8me de filiation ; il s&#8217;agit toujours de savoir si une relation sexuelle particuli\u00e8re entre un homme et une femme sera accept\u00e9e comme \u00e9tablissant des liens d&#8217;alliance entre l&#8217;homme et les parents de la femme. Et ici le facteur critique est le suivant : l&#8217;homme pourra-t-il faire valoir un droit quelconque de propri\u00e9t\u00e9, soit sur l&#8217;aire d&#8217;habitation <em>(gamgoda), <\/em>soit sur le Vieux Champs de Pul Eliya \u00bb <em>(PE, <\/em>p. 303). Ainsi \u00ab on est du <em>variga <\/em>o\u00f9 on se marie \u00bb est plus exact que : \u00ab on se marie dans son <em>variga <\/em>\u00bb ; or, on se marie en fonction des droits fonciers ; donc, le <em>variga <\/em>est essentiellement un groupe d\u00e9tenteur de droits fonciers.<\/p>\n<p>Certes, Edmund Leach n&#8217;est arriv\u00e9 par hasard, ni \u00e0 Pul Eliya, ni \u00e0 ces conclusions, et son terrain se pr\u00eatait remarquablement bien \u00e0 ce type d&#8217;\u00e9laboration th\u00e9orique. M\u00eame objection que pour <em>PSHB, <\/em>m\u00eame r\u00e9ponse :<\/p>\n<p>Depuis plusieurs ann\u00e9es les syst\u00e8mes non-unilin\u00e9aires ont fait l&#8217;objet d&#8217;une litt\u00e9rature abondante et riche en typologies. Le \u00ab syst\u00e8me \u00bb de Pul Eliya avec la \u00ab famille \u00e9l\u00e9mentaire \u00bb, les relations entre germains, la parent\u00e8le, le <em>variga <\/em>endogame, les types de mariage, la terminologie de parent\u00e9, la transmission des noms, aurait pu donner lieu \u00e0 la fois \u00e0 une monographie classique, \u00e0 une discussion actuelle des concepts de parent\u00e9. Et si tel est le cas, combien de syst\u00e8mes ainsi \u00e9tudi\u00e9s, y compris les syst\u00e8mes lignagers, seraient passibles d&#8217;un traitement \u00e0 la Leach ?<\/p>\n<p>Il \u00e9nonce : \u00ab chaque anthropologue doit d&#8217;abord se demander quelle part exacte de la culture \u00e0 laquelle il est confront\u00e9 peut, sans h\u00e9sitation, \u00eatre comprise comme une adaptation directe au contexte de l&#8217;environnement, y compris ce qui dans ce contexte est le fait de l&#8217;homme. Seulement lorsqu&#8217;il a \u00e9puis\u00e9 les possibilit\u00e9s d&#8217;explication par le normal, devrait-il recourir aux solutions m\u00e9taphysiques par lesquelles les particularit\u00e9s de la coutume sont expliqu\u00e9es en termes de moralit\u00e9 normative? \u00bb <em>(PE, <\/em>p. 306) Ou bien ce principe est faux pour Pul Eliya, ou bien il est juste partout (mais l&#8217;est-il ?).<\/p>\n<p>Ces deux exemples, celui des Kachin et celui de Pul Eliya, montrent comment la d\u00e9marche d&#8217;Edmund Leach diff\u00e8re de celle de ses coll\u00e8gues plus fid\u00e8les \u00e0 l&#8217;enseignement de Radcliffe-Brown. For\u00e7ons l&#8217;opposition : l&#8217;un et les autres ont \u00e0 leur disposition le m\u00eame cadre conceptuel. Les anthropologues vont chercher \u00e0 s&#8217;en servir. Ils se doutent bien que l&#8217;instrument sera imparfait, que quelques distinctions manqueront, tandis que quelques autres se r\u00e9v\u00e9leront superflues. Leur contribution \u00ab th\u00e9orique \u00bb consistera \u00e0 ramener du terrain un cadre conceptuel l\u00e9g\u00e8rement modifi\u00e9. L&#8217;id\u00e9al serait pour eux de ramener un nouveau \u00ab type \u00bb, que les X deviennent au concept <em>y <\/em>ce que les Nuer sont \u00e0 la segmentation, les Kariera au mariage des cousins crois\u00e9s bilat\u00e9raux, les Kwakiutl au don et les Britanniques \u00e0 la d\u00e9mocratie parlementaire.<\/p>\n<p>Leach, arm\u00e9 du m\u00eame cadre conceptuel, est bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 faire la preuve qu&#8217;il peut s&#8217;en passer, qu&#8217;en fait, s&#8217;il ne s&#8217;en passait pas il manquerait l&#8217;essentiel, que s&#8217;il laissait les Kachin en \u00e9quilibre et les habitants de Pul Eliya en soci\u00e9t\u00e9, ceux-ci le laisseraient dans l&#8217;ignorance. Ses coll\u00e8gues, lorsqu&#8217;ils veulent dire du bien des travaux d&#8217;Edmund Leach, voient volontiers dans ces monogra\u00adphies deux nouveaux \u00ab types \u00bb. On a mentionn\u00e9 \u00ab l&#8217;\u00e9quilibre oscil\u00adlant \u00bb de Gluckmann pour les Kachin ; W. Davenport \u00e9crit : \u00ab Leach, dans son \u00e9tude sur <em>Un village singhalais, <\/em>montre que dans une soci\u00e9t\u00e9 sans groupe de filiation unilin\u00e9aire d&#8217;aucune sorte, la localit\u00e9 forme la base du groupement solidaire et assure le m\u00eame type de continuit\u00e9 entre une g\u00e9n\u00e9ration et la suivante que le fait le lignage dans d&#8217;autres soci\u00e9t\u00e9s \u00bb <em>(Social Organization, <\/em>1963, p. 179).<\/p>\n<p>Mais Leach se soucie bien de remplir les cases d&#8217;une typologie ! D&#8217;une monographie, il entend tirer des propositions g\u00e9n\u00e9rales sur les hommes (&#8230; et sur les anthropologues).<\/p>\n<p>La comparaison pour \u00e9tablir des typologies peut constituer une activit\u00e9 utile \u00e0 des fins particuli\u00e8res. Mais il n&#8217;y a pas de crit\u00e8re logique pour d\u00e9cider en faveur d&#8217;une des multiples typologies possibles, ni pour arr\u00eater un degr\u00e9 de profondeur ad\u00e9quat. Une typologie n&#8217;implique par elle-m\u00eame aucune affirmation g\u00e9n\u00e9rale sur la nature des faits. Or, c&#8217;est la g\u00e9n\u00e9ralisation qui int\u00e9resse Leach, et non la comparaison qui peut en \u00eatre l&#8217;instrument :<\/p>\n<p>\u00ab La comparaison est une affaire de collection de papillons \u2014 de classification, d&#8217;arrangement des choses selon leurs types et leurs sous-types. Les disciples de Radcliffe-Brown sont des collectionneurs anthropologiques de papillons \u00bb <em>(RA, <\/em>p. 2). \u00ab Il se <em>peut <\/em>que cr\u00e9er une classe \u00e9tiquet\u00e9e <em>soci\u00e9t\u00e9s matrilin\u00e9aires <\/em>soit aussi peu pertinent pour notre compr\u00e9hension de la structure sociale que la cr\u00e9ation d&#8217;une classe de <em>papillons bleus <\/em>le serait pour la compr\u00e9hension de la structure anatomique des l\u00e9pidopt\u00e8res \u00bb <em>(RA, <\/em>p. 4).<\/p>\n<p>S&#8217;il faut classer, en l&#8217;absence d&#8217;une th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale, Leach propose d&#8217;user d&#8217;instruments plus souples et plus puissants que le lexique remani\u00e9 de l&#8217;anglais ou de toute autre langue naturelle. Et ceci de deux mani\u00e8res :<\/p>\n<p>Une classification consiste \u00e0 introduire le discontinu dans le continu. Pour le faire avec une quelconque rigueur, il convient de conna\u00eetre les <em>dimensions <\/em>avant les <em>types. <\/em>Par exemple, avant de distinguer filiation matrilin\u00e9aire, patrilin\u00e9aire, etc. Leach propose la dimension exprim\u00e9e par la fonction suivante (cf. <em>RA) : <\/em>soit <em>q <\/em>la filiation avec le p\u00e8re, p, la filiation avec la m\u00e8re, con\u00e7ues \u00ab comme des variables topologiques plut\u00f4t que comme des quantit\u00e9s mesu\u00adrables \u00bb, chaque syst\u00e8me r\u00e9alise d&#8217;une fa\u00e7on particuliers la fonc\u00adtion z = <em>p\/q. <\/em>On trouve les deux cas extr\u00eames : chez les Trobriandais, o\u00f9 la filiation avec le p\u00e8re n&#8217;est pas reconnue <em>(q<\/em>=0), chez les Lakher, o\u00f9 la relation avec la m\u00e8re n&#8217;est pas de filiation (<em>p<\/em>=0), plus un nombre ind\u00e9fini de cas interm\u00e9diaires.<\/p>\n<p>En second lieu, Leach affirme qu&#8217;il faut consid\u00e9rer les donn\u00e9es \u00ab avec les pr\u00e9jug\u00e9s d&#8217;un ordinateur, plut\u00f4t qu&#8217;avec ceux de nos anc\u00eatres, tels que les refl\u00e8tent les taxinomies couramment accep\u00adt\u00e9es \u00bb <em>(Classification in Social Anthropology, <\/em>1962). La meilleure fa\u00e7on de classer (c&#8217;est-\u00e0-dire la plus conforme \u00e0 un but pr\u00e9cis, car il ne s&#8217;agit ni de v\u00e9rit\u00e9, ni de g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9) consiste \u00e0 consid\u00e9rer les faits sans autre cadre pr\u00e9\u00e9tabli que celui de la logique la plus g\u00e9n\u00e9rale ; alors apparaissent tous les agencements possibles qui permettent une classification multiple. C&#8217;est apr\u00e8s que le vrai travail de l&#8217;anthropologue commence.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Edmund Leach et les structuralistes. \u2014 <\/em>Leach ne prend pas les typologies pour des th\u00e9ories, les comparaisons pour des g\u00e9n\u00e9rali\u00adsations, les concepts de l&#8217;anglais (ou du fran\u00e7ais) pour ceux de la science. Il distingue la r\u00e9alit\u00e9, du mod\u00e8le, la structure, de la pratique. Il trouve \u00e0 la logique et aux math\u00e9matiques des vertus auxquelles il est difficile de se conformer, mais des vertus quand m\u00eame.<\/p>\n<p>Le censeur impitoyable des fonctionnalistes se fait le champion turbulent de Claude L\u00e9vi-Strauss. Aux c\u00f4t\u00e9s de Rodney Needham et de Louis Dumont, il d\u00e9fend l&#8217;alliance contre la filiation, ch\u00e8re \u00e0 son voisin de Cambridge Meyer Fortes ; et va au secours des r\u00e8gles de mariage asym\u00e9trique <em>(Asymetric Marriage Rules, status difference and direct reciprocity : Comments on an alleged fallacy, <\/em>1961), de gr\u00e9 ou de ruse il transporte Claude L\u00e9vi-Strauss dans le jardin d&#8217;Eden, et soumet la Gen\u00e8se au traitement structural <em>(L\u00e9vi-Strauss in the garden of Eden, <\/em>1961). Edmund Leach serait-il un rebelle avec une cause&#8230; le structuralisme ?<\/p>\n<p>Non, l&#8217;arme d&#8217;Edmund Leach est \u00e0 double tranchant et ceux qu&#8217;il d\u00e9fend n&#8217;en semblent pas moins irrit\u00e9s que ceux qu&#8217;il attaque. Les raisons ne manquent pas. Ainsi, dans un article sur L\u00e9vi-Strauss o\u00f9 il fait cause commune avec ses coll\u00e8gues et adversaires britanniques (qui n&#8217;en demandaient pas tant), il \u00e9crit, sans trop s&#8217;expliquer : \u00ab II vaut mieux consid\u00e9rer les <em>Structures \u00e9l\u00e9mentaires de la parent\u00e9 <\/em>comme un \u00e9chec splendide. \u00bb Dans <em>The Legitimacy of Solomon <\/em>et \u00e0 propos de 1&#8242; \u00ab esprit humain \u00bb : \u00ab Je n&#8217;ai pas clairement id\u00e9e de ce dont L\u00e9vi-Strauss parle r\u00e9ellement. \u00bb Et au cas o\u00f9 on le soup\u00e7onnerait de jouer l&#8217;incompr\u00e9hension par coquetterie, il s&#8217;empresse, dans son compte rendu de <em>Le cru et le cuit, <\/em>de traduire \u00ab l&#8217;esprit qui les cause \u00bb (les mythes), par <em>the spirit which they cause.<\/em><\/p>\n<p>Ces accrocs t\u00e9moignent-ils du temp\u00e9rament de Leach ou d&#8217;une divergence plus profonde d&#8217;avec Claude L\u00e9vi-Strauss ? L&#8217;\u0153uvre de l&#8217;un comme celle de l&#8217;autre peut donner lieu \u00e0 des lectures diff\u00e9rentes, voire oppos\u00e9es. Ainsi, dans un commentaire r\u00e9cent, Hugo Nutini \u00e9crivait que Leach, \u00ab sous l&#8217;influence stimulante de L\u00e9vi-Strauss, qu&#8217;il reconna\u00eet explicitement, a plus ou moins ind\u00e9pendamment formul\u00e9 une conception de la structure sociale qui est essentiellement la m\u00eame que celle de L\u00e9vi-Strauss \u00bb <em>(A Critique of L\u00e9vi-Strauss and Leach, <\/em>1965). On va essayer ici de montrer le contraire.<\/p>\n<p>Leach, comme L\u00e9vi-Strauss, use de mod\u00e8les pour manifester les propri\u00e9t\u00e9s logiques (la structure) des syst\u00e8mes culturels, mais il con\u00e7oit les mod\u00e8les \u00e0 sa mani\u00e8re.<\/p>\n<p>Si l&#8217;on distingue les trois niveaux des faits anthropologiques, du discours anthropologique sur les faits, et du discours sur l&#8217;anthropologie, le concept de \u00ab mod\u00e8le \u00bb appartient au troisi\u00e8me, et le mod\u00e8le est un instrument du second. Dans aucune science des faits le mod\u00e8le n&#8217;appartient aux donn\u00e9es. Mais en anthropologie la situation se complique. En effet, les hommes tiennent un discours sur leur propre culture et il est permis, sinon souhaitable, de parler \u00e0 propos de ce discours de \u00ab mod\u00e8le conscient \u00bb. L\u00e9vi-Strauss oppose ce mod\u00e8le conscient au mod\u00e8le inconscient construit par l&#8217;anthropologue. Ainsi l&#8217;opposition entre mod\u00e8les inconscients et conscients op\u00e8re entre les deux niveaux du discours anthropolo\u00adgique et des faits [3].<\/p>\n<p>A cette premi\u00e8re opposition, L\u00e9vi-Strauss en ajoute une autre entre mod\u00e8le m\u00e9canique et mod\u00e8le statistique. Le mod\u00e8le m\u00e9ca\u00adnique est \u00e0 la m\u00eame \u00e9chelle que le syst\u00e8me (simplifi\u00e9 ou non) qu&#8217;il repr\u00e9sente ; c&#8217;est-\u00e0-dire qu&#8217;\u00e0 un \u00e9l\u00e9ment du mod\u00e8le correspond un \u00e9l\u00e9ment du syst\u00e8me et <em>vice versa. <\/em>Le mod\u00e8le statistique n&#8217;est pas \u00e0 la m\u00eame \u00e9chelle que le syst\u00e8me ; un \u00e9l\u00e9ment du mod\u00e8le repr\u00e9sente une fonction de plusieurs \u00e9l\u00e9ments du syst\u00e8me. Pour L\u00e9vi-Strauss les oppositions mod\u00e8le conscient\/inconscient et mod\u00e8le m\u00e9ca\u00adnique\/statistique sont, logiquement au moins, ind\u00e9pendantes.<\/p>\n<p>Leach, lui, distingue un mod\u00e8le conceptuel et un mod\u00e8le statistique. Le mod\u00e8le conceptuel est le fait de l&#8217;indig\u00e8ne comme de l&#8217;anthropologue (donc conscient ou inconscient) ; il repr\u00e9sente un syst\u00e8me id\u00e9al qui, au moins dans le cas de l&#8217;indig\u00e8ne, n&#8217;est pas seulement une simplification, mais est aussi une distorsion de la r\u00e9alit\u00e9. Le mod\u00e8le statistique est une repr\u00e9sentation quantitative de la pratique des membres du groupe \u00e9tudi\u00e9. Lorsqu&#8217;il est pertinent de demander quel est le rapport du mod\u00e8le \u00e0 la conscience (donc, dans le cas du mod\u00e8le conceptuel), la question de l&#8217;\u00e9chelle ne se pose pas. Lorsque l&#8217;\u00e9chelle est pertinente (dans le cas du mod\u00e8le statistique), c&#8217;est la question du rapport \u00e0 la conscience qui ne se pose pas. Ainsi, les deux oppositions ind\u00e9pendantes de L\u00e9vi-Strauss, dans la conception de Leach, se situent sur deux plans qui s&#8217;opposent entre eux : le plan des repr\u00e9sentations men\u00adtales et le plan des pratiques.<\/p>\n<p>Selon L\u00e9vi-Strauss, la coh\u00e9rence des mod\u00e8les statistiques et des mod\u00e8les m\u00e9caniques peut \u00eatre analogue, et la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 laquelle ils s&#8217;appliquent est une : les pratiques rel\u00e8vent des structures ; les structures rel\u00e8vent de l&#8217;esprit. Pour Edmund Leach les deux ordres de faits sont radicalement distincts, on ne saurait ramener l&#8217;un \u00e0 l&#8217;autre ; \u00e0 chaque ordre de faits correspond un ordre de mod\u00e8les. Aussi, H. Nutini reconna\u00eet :<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai le sentiment d\u00e9sagr\u00e9able ou bien que j&#8217;ai mal compris la conception que Leach se fait d&#8217;un mod\u00e8le, ou bien que non seulement ses normes statistiques, mais aussi ses r\u00e8gles juridiques ne sont pas des mod\u00e8les du tout \u2014 du moins dans le sens de L\u00e9vi-Strauss \u00bb (p. 719). En effet. Mais passons de ce que Leach dit de ses mod\u00e8les \u00e0 quelques exemples de ce qu&#8217;il en fait.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le statistique est sans doute celui qui pose le moins de probl\u00e8mes. Les sociologues savent depuis longtemps que quelques variables bien choisies peuvent manifester les propri\u00e9t\u00e9s d&#8217;ensemble de faits. La m\u00e9thode a \u00e9t\u00e9 peu employ\u00e9e en anthropo\u00adlogie jusqu&#8217;\u00e0 ces derni\u00e8res ann\u00e9es, non pour des raisons de principe, mais \u00e0 cause d&#8217;une certaine conception des priorit\u00e9s du moment. Edmund Leach use d&#8217;une telle m\u00e9thode dans <em>Pul Eliya <\/em>pour d\u00e9montrer sa th\u00e8se selon laquelle les \u00e9changes matrimoniaux d\u00e9pendent du syst\u00e8me foncier. Il montre que de 1890 \u00e0 1954, les terres de Pul Eliya sont rest\u00e9es aux mains du m\u00eame groupe. Cet \u00e9tat de choses \u00ab provient de mariages appropri\u00e9s. Dans la plupart des cas les mariages ne sont pas con\u00e7us \u00e0 une telle fin, mais le produit <em>statistique <\/em>de l&#8217;agencement total des mariages est que les droits fonciers sont conserv\u00e9s \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur du groupe local \u00e0 un tr\u00e8s haut degr\u00e9 \u00bb <em>(PE, <\/em>p. 194).<\/p>\n<p>Leach se contente d&#8217;une pr\u00e9sentation chiffr\u00e9e des faits et ne les soumet pas \u00e0 un traitement math\u00e9matique particulier. On reviendra sur l&#8217;extr\u00eame simplicit\u00e9 des d\u00e9monstrations de Leach, mais disons d\u00e8s maintenant qu&#8217;elle est voulue, et coh\u00e9rente avec la conception du mod\u00e8le.<\/p>\n<p>Dans cette pr\u00e9sentation des alliances matrimoniales \u00e0 Pul Eliya, Edmund Leach s&#8217;\u00e9carte doublement du point de vue structuraliste : il avait, en effet, signal\u00e9 l&#8217;existence d&#8217;une r\u00e8gle selon laquelle le mariage doit se faire dans la cat\u00e9gorie de la cousine crois\u00e9e bilat\u00e9rale ; en d&#8217;autres termes, on a l\u00e0 une \u00ab structure \u00e9l\u00e9\u00admentaire de parent\u00e9 \u00bb (cf. <em>PE, <\/em>p. 126, et Rodney Needham : <em>Review of Pul Eliya). <\/em>Or, \u00e0 aucun moment, il ne cherche \u00e0 tirer parti des mod\u00e8les de structures \u00e9l\u00e9mentaires \u00e9labor\u00e9s par Cl. L\u00e9vi-Strauss (et par lui-m\u00eame, dans <em>The Structural Implications of Matrilaleral Cross-Cousin Marriage).<\/em><\/p>\n<p>Sans doute, Leach consid\u00e8re que cette r\u00e8gle formelle est de peu de poids dans le syst\u00e8me r\u00e9el de Pul Eliya, et qu&#8217;on a davantage \u00e0 faire \u00e0 une \u00ab structure complexe \u00bb. Mais Leach explore au moyen d&#8217;un traitement statistique <em>simple <\/em>l&#8217;effet de facteurs <em>externes <\/em>\u00e0 la parent\u00e9 qui rendraient justement celle-ci complexe. L\u00e9vi-Strauss, lui, serait partisan de d\u00e9montrer au moyen d&#8217;un traitement n\u00e9cessairement <em>pouss\u00e9 <\/em>que les \u00e9changes matrimoniaux, tout affect\u00e9s qu&#8217;ils soient par des consid\u00e9rations \u00e9trang\u00e8res \u00e0 la parent\u00e9 <em>stricto sensu, <\/em>n&#8217;en ob\u00e9issent pas moins \u00e0 des r\u00e8gles statis\u00adtiques <em>internes.<\/em><\/p>\n<p>Du point de vue structuraliste, la d\u00e9marche de Leach dans <em>Pul Eliya <\/em>est fonctionnaliste : elle aborde les rapports de la parent\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9conomique avant qu&#8217;une \u00e9ventuelle logique interne ait \u00e9t\u00e9 d\u00e9gag\u00e9e. Cette attitude de Leach serait fond\u00e9e, si, comme il semble le penser, le statistique n&#8217;\u00e9tait pas r\u00e9gi par une logique interne semblable \u00e0 celle du conceptuel.<\/p>\n<p>Dans <em>PSHB, <\/em>Edmund Leach <em>d\u00e9crit <\/em>un mod\u00e8le conceptuel conscient ; en plusieurs articles il <em>\u00e9tablit <\/em>des mod\u00e8les conceptuels inconscients.<\/p>\n<p>Le cinqui\u00e8me chapitre de <em>PSHB, <\/em>qui fait \u00e0 lui seul pr\u00e8s d&#8217;un tiers du volume, s&#8217;intitule : \u00ab Les cat\u00e9gories structurales de la soci\u00e9t\u00e9 Kachin <em>gumsa \u00bb. <\/em>Son objet est de faire \u00ab comprendre les principes fondamentaux de l&#8217;expression rituelle Kachin qui constituent, en quelque sorte, la \u00ab grammaire \u00bb de l&#8217;action rituelle et au sujet desquels les Kachin <em>gumsa <\/em>sont d&#8217;accord \u00bb <em>(PSHB, <\/em>p. 101). Par rituel, Leach entend ce qui, dans tout comportement social, a valeur de communication. Il montre, pour chacune des cat\u00e9gories pertinentes, comment elle s&#8217;oppose et se lie aux autres et comment elle s&#8217;emploie.<\/p>\n<p>A ne consid\u00e9rer que la paradigmatique rituelle <em>gumsa <\/em>(c&#8217;est-\u00e0-dire les interrelations des cat\u00e9gories), on obtient l&#8217;image d&#8217;un syst\u00e8me d&#8217;autorit\u00e9, clair, rigoureux et stable. Tandis que la syntaxe (la fa\u00e7on dont les cat\u00e9gories sont utilis\u00e9es en contexte) montre que ce m\u00eame ensemble conceptuel permet d&#8217;exprimer des aspirations contraires, d&#8217;\u00e9tablir des prestiges nouveaux, et de soutenir des l\u00e9gitimit\u00e9s contradictoires. C&#8217;est justement la coh\u00e9\u00adrence, l&#8217;unit\u00e9 du code qui permet \u00e0 la fois l&#8217;opposition, la diversit\u00e9 des messages et leur communication. Si l&#8217;on comprend ainsi l&#8217;ana\u00adlogie que Leach propose entre une grammaire et le mod\u00e8le conceptuel conscient des Kachin <em>gumsa, <\/em>on voit comment ce dernier pourrait faire l&#8217;objet d&#8217;un mod\u00e8le anthropologique, qui n&#8217;est pas proprement \u00e9tabli dans <em>PSHB.<\/em><\/p>\n<p>On trouve dans l&#8217;\u0153uvre d&#8217;Edmund Leach, depuis <em>Chronus and Chronos <\/em>de 1953, plusieurs mod\u00e8les de code o\u00f9 l&#8217;inspiration l\u00e9vi-straussienne est \u00e9vidente et reconnue.<\/p>\n<p>Pour les fonctionnalistes, les messages symboliques ne s&#8217;expli\u00adquent pas par un code qui les engendre : ni par la syntaxe, ni m\u00eame par la s\u00e9mantique ; c&#8217;est le contexte culturel et social auquel ces messages se r\u00e9f\u00e8rent qui fournit les seuls \u00e9l\u00e9ments d&#8217;une explication anthropologique. Ainsi, selon Malinowski, le mythe est une charte pour la pratique sociale ; si l&#8217;on ignore cette pratique, le mythe reste muet. Le moins qu&#8217;on puisse dire, selon Leach, c&#8217;est que L\u00e9vi-Strauss \u00ab a d\u00e9montr\u00e9 que la th\u00e8se fonctionnaliste, dans sa forme la plus orthodoxe, est restreignante sans n\u00e9cessit\u00e9.\u00a0 Il a r\u00e9ouvert un d\u00e9bat qui semblait clos \u00bb <em>(C. L.-S. in the garden, <\/em>p. 388).<\/p>\n<p>Claude L\u00e9vi-Strauss a montr\u00e9 qu&#8217;un ensemble de mythes pris en eux-m\u00eames (comme tout ensemble d&#8217;\u00e9nonc\u00e9s relevant du m\u00eame code) poss\u00e8de un agencement structural. Edmund Leach, analysant de cette mani\u00e8re la Gen\u00e8se, \u00e9crit : \u00ab L&#8217;agencement <em>est <\/em>l\u00e0 ; je ne l&#8217;ai pas invent\u00e9, j&#8217;ai seulement d\u00e9montr\u00e9 qu&#8217;il existe \u00bb <em>(ibid., <\/em>p. 395). Mais, du mod\u00e8le ainsi rendu possible, Edmund Leach donne une version et une interpr\u00e9tation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment plus faibles que celles de Claude L\u00e9vi-Strauss.<\/p>\n<p>Claude L\u00e9vi-Strauss a une pr\u00e9dilection (mais non un go\u00fbt exclusif) pour les oppositions binaires. Leach pr\u00e9f\u00e8re les dimensions o\u00f9 un nombre ind\u00e9fini de termes peuvent s&#8217;opposer (cf. <em>Anthropo\u00adlogical Aspects of Language, <\/em>1964, et <em>Telstar et les Aborig\u00e8nes, <\/em>1964). La variable \u00e0 deux valeurs est, bien s\u00fbr, un cas particulier de celle \u00e0 <em>n <\/em>valeurs. Elle est donc plus significative. Ceci pour autant que les op\u00e9rations du mod\u00e8le repr\u00e9sentent celles d&#8217;un op\u00e9rateur r\u00e9el, en l&#8217;occurrence l&#8217;esprit humain. Or, Leach n&#8217;envi\u00adsage jamais que le mod\u00e8le puisse repr\u00e9senter un tel op\u00e9rateur ; d\u00e8s lors, en effet, une semblable restriction sur la logique employ\u00e9e fait probl\u00e8me, sans avoir valeur d&#8217;hypoth\u00e8se.<\/p>\n<p>Les mythes renvoient \u00e0 l&#8217;esprit humain ; c&#8217;est l\u00e0 l&#8217;interpr\u00e9tation forte dans l&#8217;\u0153uvre de L\u00e9vi-Strauss. Il en est une autre, plus faible, compatible avec la premi\u00e8re, mais que Leach accepte seule. Les mythes int\u00e8grent dans leur dialectique les contradictions univer\u00adselles auxquelles l&#8217;homme fait face : entre la nature et la culture, la vie et la mort, etc. Pour Leach \u00ab la fonction du mythe est de \u00ab m\u00e9dier \u00bb de telles contradictions, de les faire appara\u00eetre moins d\u00e9finitives qu&#8217;elles ne le sont r\u00e9ellement, et ainsi plus acceptables. Ce but n&#8217;est pas atteint par des mythes isol\u00e9s, mais par des groupes de mythes qui sont semblables \u00e0 certains \u00e9gards mais diff\u00e9rents \u00e0 d&#8217;autres, de telle sorte que, en s&#8217;accumulant, ils tendent \u00e0 \u00e9mousser le tranchant de distinctions r\u00e9elles (mais malvenues) entre cat\u00e9\u00adgories \u00bb <em>(L.-S. in the garden&#8230;, <\/em>p. 388). L&#8217;aspect m\u00e9diateur des mythes en devient, chez Leach, la fonction.<\/p>\n<p>Edmund Leach nous donne l&#8217;exemple d&#8217;une telle analyse dans <em>The Legitimacy of Solomon <\/em>(1966). Outre un mod\u00e8le structural classique, interpr\u00e9t\u00e9 comme on vient de le dire, Leach s&#8217;attache \u00e0 montrer l&#8217;importance structurale de l&#8217;ordre chronologique des th\u00e8mes bibliques.<\/p>\n<p>La l\u00e9gitimit\u00e9 du pouvoir de Salomon est essentielle aux membres de la Maison de Judah, responsable de l&#8217;ultime version du texte biblique. Cette souverainet\u00e9, que Salomon a acquise par les armes, doit \u00eatre celle que Dieu a promise aux Isra\u00e9lites. Tout autre principe de l\u00e9gitimit\u00e9 que l&#8217;h\u00e9ritage d&#8217;un droit divin se retournerait, du fait des p\u00e9rip\u00e9ties de l&#8217;histoire, contre les souve\u00adrains d&#8217;un moment.<\/p>\n<p>Pour que l&#8217;h\u00e9ritage d&#8217;Isra\u00ebl ait \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9 indivis, il faut, que le peuple \u00e9lu soit rest\u00e9 uni, et s\u00e9par\u00e9 des autres peuples, donc strictement endogame. Alors seulement, le pouvoir de Salomon et de ses h\u00e9ritiers peut-il \u00eatre l\u00e9gitime et entier ; et encore faut-il qu&#8217;\u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur d&#8217;Isra\u00ebl il n&#8217;y ait pas de source de l\u00e9gitimit\u00e9 dont Salomon ne soit l&#8217;h\u00e9ritier.<\/p>\n<p>Or : Les Isra\u00e9lites ne sont qu&#8217;un des peuples habitant la Palestine. \u2014 Entre les purs \u00e9trangers, tels que les Philistins, les Amal\u00e9kites, etc., et les purs Isra\u00e9lites, il y a des groupes interm\u00e9\u00addiaires tels les Samaritains, les Edomites, etc. \u2014 La r\u00e8gle d&#8217;endo\u00adgamie peut donc \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e de fa\u00e7on plus ou moins stricte, et, dans son principe, est constamment viol\u00e9e. \u2014 Les Isra\u00e9lites eux-m\u00eames sont divis\u00e9s en lignages (\u00ab Maisons \u00bb) rivaux, qui tous revendiquent une certaine l\u00e9gitimit\u00e9. Les faits les plus patents contredisent le principe de la l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 laquelle pr\u00e9tend la Maison de Judah. On ne peut r\u00e9soudre la contradiction, mais on peut l&#8217;obscurcir, la r\u00e9duire, la masquer.<\/p>\n<p>Ainsi, Edmund Leach montre que la g\u00e9n\u00e9alogie de Salomon, dispers\u00e9e dans le texte biblique, est pleine de contradictions. Ces contradictions sont cependant, agenc\u00e9es de fa\u00e7on coh\u00e9rente : quelle que soit la source de l\u00e9gitimit\u00e9 que l&#8217;on reconnaisse, Salomon s&#8217;en trouve toujours l&#8217;h\u00e9ritier.<\/p>\n<p>En second lieu, l&#8217;histoire de David \u00e0 Salomon constitue une s\u00e9quence dramatique d&#8217;oppositions entre des termes de plus en plus proches. L&#8217;opposition entre roi et usurpateur, qui implique deux lignages au d\u00e9but de la s\u00e9quence, se situe entre deux demi-fr\u00e8res \u00e0 son terme. Comme l&#8217;usurpation se rapproche, la l\u00e9gitimit\u00e9 se concentre pour n&#8217;appartenir bient\u00f4t qu&#8217;\u00e0 l&#8217;ultime vainqueur, le seul Salomon.<\/p>\n<p>L&#8217;interpr\u00e9tation que donne Edmund Leach de l&#8217;histoire mythique de la Bible n&#8217;est pas essentiellement diff\u00e9rente de celle qu&#8217;il avait propos\u00e9e pour les mythes Kachin : dans un cas comme dans l&#8217;autre, le r\u00e9cit utilise un langage commun pour fonder des int\u00e9r\u00eats particuliers. Dans <em>The Legitimacy&#8230;, <\/em>la m\u00e9thode structu\u00adrale [4] permet de mieux illustrer et d&#8217;approfondir l&#8217;interpr\u00e9tation ; elle ne la transforme pas. La conception de Leach, telle qu&#8217;elle se r\u00e9v\u00e8le ici, fait du mod\u00e8le un instrument d&#8217;exposition ; le choix d&#8217;un type de mod\u00e8le n&#8217;implique aucune affirmation sur la nature des faits, sinon celle de leur unit\u00e9. On est loin des <em>Mytholo\u00adgiques <\/em>de Claude L\u00e9vi-Strauss.<\/p>\n<p>C&#8217;est sans doute dans <em>The Structural Implications of Mairila\u00adteral Cross-Cousin Marriage <\/em>(1951, et dans <em>RA) <\/em>que Leach a d\u00e9velopp\u00e9 le mod\u00e8le le plus semblable \u00e0 celui de l&#8217;auteur des <em>Structures \u00e9l\u00e9mentaires de la parent\u00e9. <\/em>Encore une fois, l&#8217;interpr\u00e9\u00adtation qu&#8217;il y donne du mod\u00e8le est d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment plus faible. Premi\u00e8rement, il souligne l&#8217;inad\u00e9quation d&#8217;un mod\u00e8le de parent\u00e9 qui r\u00e8gle la circulation de femmes entre <em>lignages, <\/em>alors que les \u00e9changes matrimoniaux r\u00e9els portent sur plus que les femmes et op\u00e8rent entre des <em>groupes locaux. <\/em>Deuxi\u00e8mement, il n&#8217;envisage pas de tirer du mod\u00e8le une th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale de la parent\u00e9, alors que toute la d\u00e9marche de L\u00e9vi-Strauss tend \u00e0 fonder une telle th\u00e9orie sur l&#8217;\u00e9change r\u00e9ciproque.<\/p>\n<p>Dans tous les exemples consid\u00e9r\u00e9s, Edmund Leach utilise des mod\u00e8les moins rigoureusement sp\u00e9cifi\u00e9s que ceux des structuralistes et il en donne une interpr\u00e9tation plus faible. La coh\u00e9rence du mod\u00e8le trouve son principe dans une fonction du syst\u00e8me qu&#8217;il d\u00e9crit, et non dans l&#8217;unit\u00e9 d&#8217;un op\u00e9rateur r\u00e9el tel que l&#8217;esprit humain.<\/p>\n<p>Il est douteux, d\u00e8s lors, qu&#8217;Edmund Leach entende par g\u00e9n\u00e9ra\u00adlisation la m\u00eame chose que Claude L\u00e9vi-Strauss. Pour le premier, une proposition est g\u00e9n\u00e9rale, qui n&#8217;a pas d&#8217;exceptions. Pour le second, une proposition est g\u00e9n\u00e9rale, qui se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 un objet universel. Une proposition peut \u00eatre g\u00e9n\u00e9rale au sens de Leach sans mettre en cause de principe universel ; ou g\u00e9n\u00e9rale au sens de L\u00e9vi-Strauss sans \u00eatre partout \u00e9galement manifest\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans <em>Rethinking Anthropology <\/em>(p. 20), Edmund Leach donne un exemple de proposition g\u00e9n\u00e9rale :<\/p>\n<p>\u00ab Un mariage cr\u00e9e une alliance entre deux groupes, A et B. Les enfants du mariage peuvent \u00eatre apparent\u00e9s \u00e0 l&#8217;un des deux groupes ou aux deux par incorporation, permanente ou bien partielle, mais ils peuvent aussi \u00eatre apparent\u00e9s \u00e0 l&#8217;un des deux groupes ou aux deux du fait de l&#8217;alliance matrimoniale elle-m\u00eame. Les symboles que j&#8217;ai discut\u00e9s \u2014 des os, du sang, de la chair, de la nourriture et de l&#8217;influence mystique \u2014 \u00e9tablissent une distinction, d&#8217;une part entre incorporation permanente ou partielle, et d&#8217;autre part entre l&#8217;incorporation et l&#8217;alliance. Ce sont l\u00e0 des variables pertinentes dans toutes les soci\u00e9t\u00e9s et pas seulement dans les syst\u00e8mes unilin\u00e9aires d&#8217;un type particulier. \u00bb<\/p>\n<p>Une telle proposition, si elle n&#8217;est pas r\u00e9fut\u00e9e par les faits (et elle a d\u00e9j\u00e0 le m\u00e9rite, rare dans les sciences humaines, d&#8217;\u00eatre r\u00e9fu\u00adtable), soul\u00e8ve imm\u00e9diatement un probl\u00e8me : pourquoi ces cat\u00e9gories et ces symboles sont-ils universels ? La question ne sera pas pos\u00e9e par Leach. En effet, elle n&#8217;accepterait que deux types de r\u00e9ponse : ou bien l&#8217;universalit\u00e9 est accidentelle (un cas nouveau pourrait toujours la r\u00e9duire \u00e0 n\u00e9ant) ; ou bien elle renvoie \u00e0 une contrainte, \u00e0 un principe, \u00e0 un op\u00e9rateur r\u00e9el et universel, c&#8217;est-\u00e0-dire propre soit au ph\u00e9nom\u00e8ne humain, soit au ph\u00e9nom\u00e8ne social. Mais Leach ne veut pas reconna\u00eetre l&#8217;enfant de sa pens\u00e9e dans cet op\u00e9rateur qui doit \u00eatre r\u00e9el, mais dont la nature incertaine ne peut \u00eatre sp\u00e9\u00adcifi\u00e9e qu&#8217;en tombant dans la \u00ab m\u00e9taphysique \u00bb la plus continentale.<\/p>\n<p>On pourrait r\u00e9torquer, bien s\u00fbr, que la prudence de Leach est beaucoup plus \u00abm\u00e9taphysique\u00bb que la t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 de L\u00e9vi-Strauss. Il se peut que ce dernier se trompe en identifiant l&#8217;esprit humain comme l&#8217;op\u00e9rateur universel ; il se peut aussi qu&#8217;il ait raison. Mais Edmund Leach \u00e0 coup s\u00fbr renonce \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 empirique en ne posant pas la question. Ses propositions g\u00e9n\u00e9rales ne s&#8217;expliquent pas ; ses faits universels, comme Dieu, n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 engendr\u00e9s. Leach, qui veut repenser les fondements de l&#8217;anthropologie contemporaine, n&#8217;en reconsid\u00e8re pas telle id\u00e9e de base selon laquelle il n&#8217;y a gu\u00e8re de nature humaine universelle [5]. Dommage.<\/p>\n<p>Edmund Leach utilise un mod\u00e8le <em>to make a point. <\/em>En fran\u00e7ais, quelque chose comme : \u00ab pour faire une remarque appropri\u00e9e \u00bb. La lourdeur de l&#8217;expression sugg\u00e8re l&#8217;improbabilit\u00e9 de la chose de ce c\u00f4t\u00e9-ci de la Manche. Claude L\u00e9vi-Strauss utilise ses mod\u00e8les pour construire une th\u00e9orie. Los mod\u00e8les du premier s&#8217;appr\u00e9cient un \u00e0 un. Ceux du second n&#8217;ont de sens que pris ensemble \u00e0 l&#8217;int\u00e9\u00adrieur d&#8217;un \u00ab groupe de transformations \u00bb.<\/p>\n<p>Pourquoi des mod\u00e8les ? Leach, que satisferait peut-\u00eatre un \u00ab pourquoi pas ? \u00bb, r\u00e9pond quand m\u00eame : \u00ab Pour le moins, la d\u00e9couverte d&#8217;un agencement structural coh\u00e9rent dans un ensemble de donn\u00e9es ethnographiques nous am\u00e8ne \u00e0 comparer ce qui semblait incomparable autrement et sugg\u00e8re des questions d&#8217;un genre nouveau, \u00e0 un niveau diff\u00e9rent et plus concret de l&#8217;ethno\u00adgraphie \u00bb <em>(The Legitimacy&#8230;, <\/em>p. 70).<\/p>\n<p>Se pourrait-il que les mod\u00e8les fassent mieux ce que les typologies faisaient moins bien : rapprocher des faits en apparence h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, inciter \u00e0 la comparaison, enrichir l&#8217;ethnographie de nouvelles questions ? Se pourrait-il qu&#8217;apr\u00e8s avoir enterr\u00e9 la collection de traits, abattu la collection de types, Leach se f\u00eet l&#8217;avocat de la collection de mod\u00e8les ? Il se pourrait.<\/p>\n<p>Le d\u00e9faut du collectionneur de traits \u00e9tait de conclure abusi\u00advement, celui du collectionneur de types, de conclure futilement. L&#8217;avantage h\u00e9las ! du collectionneur de mod\u00e8les est de ne pas conclure du tout.<\/p>\n<p>Comment le pourrait-il ? Un exemple : dans un remarquable essai de 1958, <em>Concerning Trobriand Clans and the Kinship Category Tabu, <\/em>Edmund Leach a r\u00e9analys\u00e9 la terminologie trobriandaise recueillie par Malinowski. Il montre de fa\u00e7on convaincante que les termes de parent\u00e9 peuvent \u00eatre compris et appris \u00e0 partir de la position (changeante avec l&#8217;\u00e2ge) de l&#8217;individu entre les groupe\u00adments effectifs de la structure sociale o\u00f9 il se meut. Et d&#8217;affir\u00admer : 1. Que les termes se r\u00e9f\u00e8rent directement \u00e0 des cat\u00e9gories sociologiques et n&#8217;ont pas de signification primaire g\u00e9n\u00e9alogique ; 2. Que \u00ablorsque les termes sont projet\u00e9s sur un diagramme g\u00e9n\u00e9alo\u00adgique, la logique qui les sous-tend est absolument incompr\u00e9hensible \u00bb.<\/p>\n<p>En 1965, Floyd Lounsbury r\u00e9pond \u00e0 Leach par une analyse elle aussi magistrale : <em>Another View of Trobriand Kinship Categories. <\/em>Il montre qu&#8217;en ne consid\u00e9rant <em>que <\/em>les donn\u00e9es g\u00e9n\u00e9alo\u00adgiques fournies par Malinowski, il est possible de construire un mod\u00e8le rigoureusement ad\u00e9quat. Six r\u00e8gles de r\u00e9duction (du type de celles qu&#8217;il avait propos\u00e9es dans son article fondamental : <em>A Formal \u00a0Account of the Crow- and Omaha-Type Kinship Termino\u00adlogies, <\/em>1964) permettent d&#8217;affecter loutes les relations g\u00e9n\u00e9alogiques aux termes qui les d\u00e9signent effectivement. Laissons de c\u00f4t\u00e9 les conclusions, plus discutables, que Lounsbury tire de son analyse. Il a montr\u00e9 que celles de Leach ne sont pas fond\u00e9es.<\/p>\n<p>Quel mod\u00e8le alors retenir ? Celui de Leach qui couvre plus de faits ? Celui de Lounsbury qui est plus rigoureux ? En l&#8217;absence d&#8217;une th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale, le choix est une affaire de go\u00fbt, et une mauvaise affaire.<\/p>\n<p>La position structuraliste de Claude L\u00e9vi-Strauss aura long\u00adtemps sembl\u00e9 tenir \u00e0 un souci, \u00e0 un choix de m\u00e9thode. Mais il devient clair que la th\u00e9orie, plus que la m\u00e9thode, importe. Voil\u00e0 pourquoi Leach semble proche du structuralisme ; voil\u00e0 comment un Rubicon l&#8217;en s\u00e9pare.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Edmund Leach seul. \u2014 <\/em>On a jusqu&#8217;ici consid\u00e9r\u00e9 s\u00e9par\u00e9ment les attitudes de Leach \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du fonctionnalisme et \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du structuralisme. Elles sont cependant sym\u00e9triques et inverses dans leur d\u00e9veloppement et analogues dans leur principe.<\/p>\n<p>Affirmer, c&#8217;est exclure ; une affirmation est une proposition r\u00e9futable. Or les propositions g\u00e9n\u00e9rales du fonctionnalisme sont si vagues qu&#8217;elles n&#8217;admettent pas de contre-exemple, tandis que chez les structuralistes, ce sont les mod\u00e8les particuliers qui, pris seuls, n&#8217;excluent pas des mod\u00e8les diff\u00e9rents. Inversement, les propositions particuli\u00e8res des fonctionnalistes sont r\u00e9futables, et c&#8217;est l&#8217;interpr\u00e9tation g\u00e9n\u00e9rale des mod\u00e8les structuralistes, qui comporte choix, exclusion, et donc affirmation.<\/p>\n<p>Leach utilise les mod\u00e8les du structuralisme et en refuse l&#8217;inter\u00adpr\u00e9tation th\u00e9orique g\u00e9n\u00e9rale. Il s&#8217;accommode des principes les plus g\u00e9n\u00e9raux du fonctionnalisme mais il en r\u00e9fute les interpr\u00e9ta\u00adtions particuli\u00e8res. Dans les deux cas, c&#8217;est l&#8217;affirmation qu&#8217;il rejette, c&#8217;est-\u00e0-dire la th\u00e9orie, au sens que ce terme prend dans les sciences, et il retient les m\u00e9thodes, quitte \u00e0 les utiliser \u00e0 sa fa\u00e7on.<\/p>\n<p>Mais son \u00e9clectisme dans l&#8217;usage des m\u00e9thodes, et l&#8217;attitude qu&#8217;exprimaient entre autres les citations plac\u00e9es au d\u00e9but du pr\u00e9sent article, interdisent de voir en Edmund Leach un m\u00e9tho\u00addologue anti-th\u00e9oricien. Un r\u00e9sidu, une asym\u00e9trie qui demeure entre ses attitudes \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des deux courants de l&#8217;anthropologie, va nous mettre sur la voie.<\/p>\n<p>Leach n&#8217;a pas m\u00e9nag\u00e9 les efforts pour r\u00e9futer une \u00e0 une les hypoth\u00e8ses particuli\u00e8res du fonctionnalisme. En face des th\u00e9ories g\u00e9n\u00e9rales de Claude L\u00e9vi-Strauss, il se contente de \u00ab ne pas comprendre \u00bb. Mais il a de la m\u00e9thode dans son injustice, et il y eut de la na\u00efvet\u00e9 dans la m\u00e9thode qu&#8217;on a suivie jusqu&#8217;ici. Leach, telle est du moins l&#8217;image qu&#8217;il donne, est aux prises avant tout avec ses coll\u00e8gues. Nous l&#8217;avons cru, nous l&#8217;avons suivi, nous ne le comprenons plus. Il suffit de consid\u00e9rer au contraire que Leach s&#8217;int\u00e9resse plus \u00e0 l&#8217;anthropologie qu&#8217;aux anthropologues pour que tout s&#8217;agence \u00e0 nouveau.<\/p>\n<p>Il y a deux questions qui obs\u00e8dent l&#8217;\u0153uvre de Leach, celle de la permanence et du changement, et celle des rapports entre les modalit\u00e9s de l&#8217;\u00e9change (ou de la communication) et la nature de ce qui est \u00e9chang\u00e9 (ou communiqu\u00e9). Les fonctionnalistes ont cherch\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 ces deux questions, et Leach a montr\u00e9 que leurs solutions sont erron\u00e9es. Les structuralistes, eux, ont provisoi\u00adrement laiss\u00e9 ces questions de c\u00f4t\u00e9. Leach donc s&#8217;\u00e9loigne du fonctionnalisme \u00e0 cause des r\u00e9ponses qu&#8217;il donne et du structura\u00adlisme \u00e0 cause des questions qu&#8217;il n&#8217;a pas pos\u00e9es.<\/p>\n<p>L&#8217;attitude structuraliste sur ces points semble \u00eatre la suivante : l&#8217;\u00e9tude de la diachronie d&#8217;une part, l&#8217;\u00e9tude des rapports entre syst\u00e8mes d&#8217;autre part, ne peuvent que suivre l&#8217;analyse synchronique et structurale. Mais, l\u00e0 encore, l&#8217;\u0153uvre de Leach a valeur de contestation ; il montre : que le dynamisme peut \u00eatre propre \u00e0 la structure m\u00eame et non \u00e0 son seul devenir ; qu&#8217;il est des cas o\u00f9 les modalit\u00e9s de la \u00ab communication \u00bb et la nature des \u00ab messages \u00bb d\u00e9pendent dans leur d\u00e9tail les unes des autres.<\/p>\n<p>Si tel est le cas, les mod\u00e8les de l&#8217;anthropologie actuelle p\u00e8chent \u00e0 deux \u00e9gards :<\/p>\n<p>1. La <em>coh\u00e9rence <\/em>des mod\u00e8les de syst\u00e8mes sociaux s&#8217;interpr\u00e8te comme la repr\u00e9sentation de la <em>coh\u00e9sion <\/em>des syst\u00e8mes eux-m\u00eames. Ceci parce que ces mod\u00e8les, pour autant qu&#8217;on puisse les rendre explicites, n&#8217;engendrent qu&#8217;un nombre fini d&#8217;objets. Un syst\u00e8me est alors con\u00e7u comme un petit nombre de situations-types qui se r\u00e9p\u00e8tent r\u00e9guli\u00e8rement, bien qu&#8217;un regard na\u00eff sur le social nous assure imm\u00e9diatement de l&#8217;ind\u00e9finie vari\u00e9t\u00e9 des situations \u00e0 l&#8217;int\u00e9\u00adrieur d&#8217;un m\u00eame syst\u00e8me.<\/p>\n<p>Leach semble croire que c&#8217;est l\u00e0 une restriction in\u00e9luctable du mod\u00e8le conceptuel. Pourtant, la logique moderne montre qu&#8217;il est possible, avec des moyens finis, d&#8217;engendrer certains ensembles infinis, si bien que les r\u00e9serves de Leach ne sont pas justifi\u00e9es <em>a priori.<\/em><\/p>\n<p>2. Les mod\u00e8les structuralistes ont jusqu&#8217;ici une structure soit de code <em>(e. g. <\/em>les mythes), soit de r\u00e9seau <em>(e. g. <\/em>la parent\u00e9). Mais l&#8217;\u0153uvre de Leach montre, que des ph\u00e9nom\u00e8nes de code et r\u00e9seau peuvent \u00eatre li\u00e9s au sein d&#8217;un m\u00eame syst\u00e8me, r\u00e9gis par une m\u00eame structure <em>(e. g., <\/em>le politique).<\/p>\n<p>Faut-il, alors, comme le fait Leach, \u00e9tablir une dichotomie entre le code conceptuel et les pratiques de l&#8217;\u00e9change, repr\u00e9senter un syst\u00e8me soit comme un ensemble de pratiques, soit comme un ensemble de concepts, mais renoncer \u00e0 y voir un ensemble de pratiques dont les concepts sont \u00e0 la fois les produits et les instru\u00adments ? Faut-il croire, par cons\u00e9quent, \u00e0 une inad\u00e9quation essen\u00adtielle des m\u00e9thodes formelles au r\u00e9el anthropologique ? Ou bien tenter de construire un mod\u00e8le plus g\u00e9n\u00e9ral que ceux de code et ceux de r\u00e9seau ? La seule r\u00e9ponse \u00e0 cette question serait de proposer un tel mod\u00e8le. Leach n&#8217;y songe, pas. Mais si son \u0153uvre d\u00e9bouche vraiment sur ce probl\u00e8me, alors ce sont les mod\u00e8les structuralistes aussi qu&#8217;elle nous am\u00e8ne \u00e0 repenser.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Groupe de Recherches en Anthropologie et Sociologie Politiques, Paris.<\/em><\/p>\n<p><em><br \/>\n<\/em><\/p>\n<p align=\"center\">BIBLIOGRAPHIE<\/p>\n<p>davenport (William), Social Organization, dans <em>Biennial Review of Anthropology 1963, <\/em>Stanford, 1963.<\/p>\n<p>gluckman (Max), <em>Order and Rebellion in Tribal <\/em> <em>Africa<\/em> <em>, <\/em> London , 1963.<\/p>\n<p>\u2014 <em>Politics Law and Ritual in Tribal Society, <\/em> Oxford , 1965.<\/p>\n<p>leach (Edmund), <em>Social and Economic Organization of the Rawanduz Kurds, <\/em> London , 1940.<\/p>\n<p>\u2014 <em>Polilical Systems of <\/em> <em>Highland<\/em> <em>Burma<\/em> <em>, <\/em> London , 1954.<\/p>\n<p>\u2014 The Epistemological Background to Malinowski&#8217;s Empiricism, dans firth (R.), \u00e9d., <em>Man and Culture, <\/em> London , 1957.<\/p>\n<p>\u2014 Concerning Trobriand Clans and the Kinship Category Tabu, dans goody (Jack), \u00e9d., <em>The Developmental Cycle in Domestic Groups, <\/em> Cambridge , 1958.<\/p>\n<p>\u2014 Hydraulic Society in Ceylon , dans <em>Past and Present <\/em>(15), 1959.<\/p>\n<p>\u2014 \u00e9d., <em>Aspects of Caste in <\/em> <em>South India<\/em> <em>, <\/em> <em>Ceylon<\/em> <em> and North West <\/em> <em>Pakistan<\/em> <em>, <\/em> Cambridge , 1960.<\/p>\n<p>\u2014 <em>Put Eliya : A Village in <\/em> <em>Ceylon<\/em> <em>, a Study of Land Tenure and Kinship, <\/em> Cambridge , 1961.<\/p>\n<p>\u2014 <em>Rethinking Anthropology, <\/em>London, 1961 (recueil d&#8217;essais \u00e9crits entre 1940 et 1959).<\/p>\n<p>\u2014 Asymetric Marriage Rules, Status Difference and Direct Reciprocity : Comments on an Alleged Fallacy, dans <em>Southwestern Journal of Anthropology, 17, <\/em>4, 1961.<\/p>\n<p>\u2014 L\u00e9vi-Strauss in the Garden of Eden : An Examination of Some Recent Developments in the Analysis of Myth, dans <em>Transactions of the New York Academy of Sciences, <\/em>s\u00e9ries 2, 23, 1961.<\/p>\n<p>\u2014 On Certain Unconsidered Aspects of Double Descent Systems, dans <em>Man, 62, <\/em>art. 214, 1962.<\/p>\n<p>\u2014 Classification in Social Anthropology, dans <em>Aslib Proceedings, 14, <\/em>8, 1962.<\/p>\n<p>\u2014 Did the Wild Veddas have Matrilineal Clans ?, dans shapera ( I. ), \u00e9d., <em>Studies in Kinship and Marriage, <\/em> London , 1963.<\/p>\n<p>\u2014 Law as Condition of Human Freedom, dans bidney (D.), \u00e9d., <em>The Concept of Freedom in Anthropology, <\/em>La Haye, 1963.<\/p>\n<p>\u2014 Anthropological Aspects of Language : Animal Cat\u00e9gories and Verbal Abuse, dans lenneberg (E.), \u00e9d., <em>New Directions in the Study of Language, <\/em>Cambridge (Mass.), 1964.<\/p>\n<p>\u2014 Telstar et les Aborig\u00e8nes ou La pens\u00e9e sauvage, dans <em>Annales, <\/em>d\u00e9c. 1964.<\/p>\n<p>\u2014 Men and\u00a0 Ideas\u00a0 : \u00a0Frazer and\u00a0\u00a0 Malinowski,\u00a0\u00a0 dans <em>Encounter, <\/em>nov.\u00a0 1965.<\/p>\n<p>\u2014 Claude L\u00e9vi-Strauss. Anthropologist and Philosopher, dans <em>New Left Review, <\/em>nov. 1965.<\/p>\n<p>\u2014 The Legitimacy of Solomon. Some Structural Aspects of Old Testament History, dans <em>Archives europ\u00e9ennes de Sociologie, 7, <\/em>1, 1966.<\/p>\n<p>\u2014 \u00e9d., <em>The Structural Study of Myth and Totemism, <\/em> London , 1967.<\/p>\n<p>l\u00e9vi-strauss (Claude), Social Structure, dans kroeber, \u00e9d., <em>Anthropology Today, <\/em> Chicago ,\u00a0 1953.<\/p>\n<p>lounsbury (Floyd), A Formal Account of the Crow- and Omaha-Type Kinship Terminologies,\u00a0 dans\u00a0 goodenough\u00a0\u00a0 (W.),\u00a0\u00a0 \u00e9d.,\u00a0 <em>Explorations\u00a0 in\u00a0 Cultural <\/em> <em>Anlhropology<\/em> <em>, <\/em> New York , 1964.<\/p>\n<p>\u2014 Another View of the Trobriand Kinship Categories, dans <em>American Anthro\u00adpologist, 67, <\/em>5, part 2, oct. 1965.<\/p>\n<p>needham (Rodney), Review of <em>Pul Eliya, <\/em>dans <em>Times Literary Suppl\u00e9ment, <\/em>10 ao\u00fbt 1962.<\/p>\n<p>nutini (Hugo), Some Consid\u00e9rations on the Nature of Social Structure and Model Building : A Critique of Claude L\u00e9vi-Strauss and Edmund Leach, dans <em>American Anthropologist, 67, <\/em>3, juin 1965.<\/p>\n<hr size=\"1\" \/>\n<p>[1] On emploiera ici le terme fonctionnaliste pour d\u00e9signer ceux qui expliquent un syst\u00e8me par son rapport fonctionnel au contexte, sociologique ou non ; et le terme structuraliste pour ceux qui veulent d&#8217;abord \u00e9puiser les determinations internes du syst\u00e8me. Leach, conform\u00e9ment \u00e0 la tradition anglaise, qui diff\u00e8re de l&#8217;usage introduit par Claude L\u00e9vi-Strauss, parle parfois de structuralisme \u00e0 propos des premiers. Pour la clart\u00e9 de l&#8217;expos\u00e9, on sera oblig\u00e9 de forcer l&#8217;opposition et de faire ainsi injustice aux uns et aux autres, dont l&#8217;oeuvre est beaucoup plus riche et nuanc\u00e9e qu&#8217;il n&#8217;y para\u00eetra ici.<\/p>\n<p>[2] D\u00e9j\u00e0 en 1940, dans <em>Social and Economic, Organisation of the Rawanduz Kurds, <\/em>il \u00e9crivait : \u00ab Les changements, souvent violents et d\u00e9sint\u00e9grateurs, qui apparaissent dans les conditions du contact de cultures diff\u00e8rent seulement en degr\u00e9 et non en nature, des changements embryonnaires qui se produisent tout le temps, m\u00eame quand le groupe culturel fonctionne dans les conditions \u00ab naturelles \u00bb, quelle que soit la fa\u00e7on dont on d\u00e9finit ces derni\u00e8res \u00bb (p. 62).<\/p>\n<p>[3] Du moins est-ce ainsi que nous le comprenons. Pour d&#8217;autres <em>(e. g. <\/em>H. Nutini), mod\u00e8les conscient et inconscient, s&#8217;opposent sur le m\u00eame plan, celui des faits. Cette autre lecture tient \u00e0 une confusion entre le mod\u00e8le construit par l&#8217;anthropologue, et l&#8217;op\u00e9rateur r\u00e9el qu&#8217;il repr\u00e9sente. Abus de langage de peu d&#8217;importance dans le discours sur les faits, mais qui m\u00e8ne \u00e0 des absurdit\u00e9s au niveau \u00e9pist\u00e9mologique.<\/p>\n<p>[4] Pas toujours rigoureusement appliqu\u00e9e. Deirdre wilson, dans <em>The Philosophical Relevance of Claude. L\u00e9vi-Strauss <\/em>(unpublished B. Phil. Thesis, Oxford, 1967), expose un abus manifeste. Leach affirme (p. 68) que l&#8217;histoire des Juges, XI, 30-40, et celle de la Gen\u00e8se, XXII, 1-18, telles qu&#8217;il les r\u00e9sume, sont une image inverse l&#8217;une de l&#8217;autre. Il donne les r\u00e8gles qui devraient permettre de produire l&#8217;inversion. Or il n&#8217;est que d&#8217;appliquer rigoureusement ces r\u00e8gles pour s&#8217;apercevoir qu&#8217;elles sont inad\u00e9quates.<\/p>\n<p>[5] Leach ne s&#8217;interdisait quand m\u00eame pas, dans <em>PSHB, <\/em>de dire que les humains exploitent les situations qu&#8217;ils per\u00e7oivent, dans leur propre int\u00e9r\u00eat. Chassez la nature humaine&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[19,7,9],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6"}],"version-history":[{"count":32,"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1510,"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6\/revisions\/1510"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}