{"id":792,"date":"2009-07-11T12:48:20","date_gmt":"2009-07-11T11:48:20","guid":{"rendered":"http:\/\/www.dan.sperber.fr\/?p=792"},"modified":"2018-04-24T23:04:44","modified_gmt":"2018-04-24T22:04:44","slug":"allocution-en-tant-que-laureat-du-prix-claude-levi-strauss-2009","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/?p=792","title":{"rendered":"Dan Sperber (2009) <b>Allocution du Prix Claude L\u00e9vi-Strauss.<\/b>"},"content":{"rendered":"<p style=\"padding-left: 60px;\">Voici l&#8217;allocution que j&#8217;ai prononc\u00e9e \u00e0 l&#8217;Acad\u00e9mie des Sciences Morales et Politiques, le 29 juin 2009, en tant que laur\u00e9at du premier Prix Claude L\u00e9vi-Strauss (l&#8217;ensemble des discours peut \u00eatre lu<a href=\"http:\/\/www.asmp.fr\/prix_fondations\/cls\/CLS_2009.htm\"> ici<\/a> ou \u00e9cout\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.canalacademie.com\/Le-premier-Prix-national-Levi.html?var_recherche=Sperber\"> ici<\/a>)<!--more--><\/p>\n<p>Madame la Ministre<em>,<br \/>\n<span style=\"font-style: normal;\">Monsieur le Pr\u00e9sident de l&#8217;Acad\u00e9mie,<br \/>\nMonsieur le Chancelier de l&#8217;Institut de France,<br \/>\nMessieurs les Secr\u00e9taires perp\u00e9tuels,<br \/>\nMesdames et Messieurs les acad\u00e9miciens,<br \/>\nMesdames, Messieurs,<\/span><\/em><\/p>\n<p>C\u2019est un grand honneur, et un grand plaisir aussi, d\u2019\u00eatre le premier laur\u00e9at du Prix Claude L\u00e9vi-Strauss. J\u2019exprime ici ma profonde reconnaissance \u00e0 vous Madame la Ministre qui avez cr\u00e9\u00e9 ce prix et qui me le remettez en personne, et aux membres du jury international qui m\u2019en ont jug\u00e9 digne. De tout c\u0153ur, merci\u00a0!<\/p>\n<p>Le travail pour lequel vous m\u2019honorez est, comme tout travail scientifique, une \u0153uvre collective. Il doit beaucoup au laboratoire auquel j\u2019appartiens, l\u2019Institut Jean Nicod de l\u2019Ecole Normale Sup\u00e9rieure et de l\u2019EHESS, et \u00e0 l\u2019\u00e9quipe de doctorants et de jeunes chercheurs dont j\u2019ai tant appris en m\u2019effor\u00e7ant de leur apprendre quelque chose. Pr\u00e8s de la moiti\u00e9 de mes \u00e9crits est issue de collaborations, avec mes \u00e9tudiants, avec des coll\u00e8gues, et, avant tout, avec Deirdre Wilson, Professeur de linguistique \u00e0 l\u2019University College de Londres. Merci \u00e0 eux tous.<\/p>\n<p>Aux sentiments de reconnaissance que j\u2019\u00e9prouve se m\u00eale une \u00e9motion plus profonde. Ce prix a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en hommage \u00e0 Claude L\u00e9vi-Strauss et il porte son nom. Or je lui dois tant\u00a0! Que l\u2019honneur qui m\u2019est fait contribue \u00e0 l\u2019hommage qui lui est rendu, voil\u00e0 qui me comble, et qui avive le souvenir de mes rencontres, avec l\u2019\u0153uvre puis avec l\u2019homme<\/p>\n<p>Je me souviens, adolescent, d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 captiv\u00e9 par <em>Tristes Tropiques<\/em> et par cette fa\u00e7on si distante et si p\u00e9n\u00e9trante \u00e0 la fois de consid\u00e9rer le monde. Je me souviens de la fascination intellectuelle \u00e9prouv\u00e9e \u00e0 la lecture d\u2019<em>Anthropologie Structurale<\/em>, recommand\u00e9 par un camarade de la Sorbonne (nos professeurs, eux, ne nous incitaient gu\u00e8re \u00e0 lire L\u00e9vi-Strauss).<\/p>\n<p>Mes int\u00e9r\u00eats, cependant, \u00e9taient ailleurs. C\u2019\u00e9tait \u00a0l\u2019\u00e9poque de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie et de l\u2019\u00e9mergence du Tiers-Monde. \u00a0Je voulais mieux comprendre l\u2019histoire que nous vivions. C\u2019est Georges Balandier, anthropologue du monde en devenir, qui m\u2019a, le premier, fait appr\u00e9cier la richesse de l\u2019anthropologie. Puis \u00e0 Oxford, o\u00f9 j\u2019ai eu la chance de poursuivre mes \u00e9tudes, ce furent Godfrey Lienhardt et Rodney Needham.<\/p>\n<p>Lecteur avide de toutes les nouvelles publications de L\u00e9vi-Strauss, je devins, \u00e0 mon retour \u00e0 Paris en 1965, un auditeur assidu de son s\u00e9minaire o\u00f9 tant de jeunes anthropologues soumettaient leurs travaux aux critiques ac\u00e9r\u00e9es mais bienveillantes du ma\u00eetre. Ce s\u00e9minaire, nous \u00e9tions nombreux \u00e0 l\u2019attendre chaque semaine, \u00e0 en poursuivre la discussion dans les heures et les jours qui suivaient. En 1968, je publiai un essai critique sur le structuralisme en anthropologie. L\u00e9vi-Strauss m\u2019invita alors \u00e0 en pr\u00e9senter la substance lors de trois s\u00e9ances de son s\u00e9minaire. Je me souviens de sa patience, de ses impatiences aussi, et de ses encouragements.<\/p>\n<p>Claude L\u00e9vi-Strauss a attir\u00e9 \u00e0 l\u2019anthropologie plusieurs g\u00e9n\u00e9rations de brillants \u00e9tudiants, qui, sans lui, se seraient dirig\u00e9s vers la philosophie, l\u2019histoire ou la sociologie. Ils sont devenus pour la plupart de remarquables chercheurs de terrain. Gr\u00e2ce \u00e0 eux, l\u2019anthropologie fran\u00e7aise est aujourd\u2019hui au meilleur niveau mondial. Rares parmi eux sont ceux qui, comme Maurice Godelier, Fran\u00e7oise H\u00e9ritier ou Philippe Descola, ont consacr\u00e9 une part importante de leur travail \u00e0 la th\u00e9orie anthropologique. Il est vrai que l\u2019\u0153uvre th\u00e9orique de L\u00e9vi-Strauss avait de quoi intimider. Pour ma part, t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 ou pr\u00e9somption, c\u2019est de L\u00e9vi-Strauss le th\u00e9oricien que j\u2019ai voulu \u00eatre l\u2019\u00e9mule.<\/p>\n<p>Il y a quelque cinquante ans commen\u00e7ait vraiment ce qu\u2019on a pu appeler la \u00ab\u00a0r\u00e9volution cognitive\u00a0\u00bb, c&#8217;est-\u00e0-dire une d\u00e9marche consistant \u00e0 \u00e9tudier les ph\u00e9nom\u00e8nes mentaux comme des ph\u00e9nom\u00e8nes naturels, d\u00e9marche fond\u00e9e sur les m\u00eames th\u00e9ories math\u00e9matiques qui ont permis le d\u00e9veloppement des ordinateurs, d\u00e9marche extraordinairement enrichie depuis par le progr\u00e8s des neurosciences. La r\u00e9volution cognitive permettait de repenser les rapports entre sciences sociales et sciences psychologiques \u2013 on parlerait bient\u00f4t de \u00ab\u00a0sciences cognitives\u00a0\u00bb \u2013 de fa\u00e7on nouvelle et f\u00e9conde, et de d\u00e9velopper, \u00e0 la jonction de ces disciplines, un programme de recherche naturaliste qui reconnaisse \u2013 \u00e0 la fois \u2013 la place du mental dans le social et celle du social dans le mental. J\u2019y ai consacr\u00e9 jusqu\u2019ici l\u2019essentiel de ma vie de chercheur, travaillant comme anthropologue, comme psychologue, comme linguiste ou comme philosophe avec un projet unique, ambitieux et, je l\u2019esp\u00e8re coh\u00e9rent. C\u2019est \u00e0 L\u00e9vi-Strauss que je dois, pour une bonne part, ce projet et cette ambition. Certes, L\u00e9vi-Strauss est d\u2019abord connu comme th\u00e9oricien du structuralisme, mais c\u2019est son naturalisme \u2013 sa volont\u00e9 toujours r\u00e9affirm\u00e9e de lier l\u2019\u00e9tude de la culture et de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 celle de l\u2019esprit humain et \u00e0 celle de la nature \u2013 qui m\u2019a inspir\u00e9.<\/p>\n<p>La cr\u00e9ation du Prix Claude L\u00e9vi-Strauss ne r\u00e9pond pas seulement, je crois, au d\u00e9sir de rendre hommage au ma\u00eetre exceptionnel et d\u2019honorer les chercheurs que le jury du prix aura distingu\u00e9s. \u00ab\u00a0Il a pour vocation\u00a0\u00bb, avez-vous d\u00e9clar\u00e9, Madame la Ministre, \u00a0\u00ab\u00a0de reconna\u00eetre et de soutenir l&#8217;excellence dans le domaine des sciences humaines et sociales\u00a0\u00bb. Cette volont\u00e9 de reconnaissance et de soutien se manifeste non seulement par la cr\u00e9ation de ce prix, mais aussi \u2013 et de fa\u00e7on bien plus importante \u2013 par un ensemble de r\u00e9formes de la recherche et de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur qui nous concernent tous. Ce n\u2019est ni le moment ni le lieu pour \u00e9voquer les esp\u00e9rances et les inqui\u00e9tudes que font na\u00eetre ces r\u00e9formes. Je voudrais plut\u00f4t, m\u2019appuyant sur la lecture de L\u00e9vi-Strauss d\u2019une part, sur mon exp\u00e9rience de l\u2019autre, enrichir mes remerciements de quelques r\u00e9flexions sur ce que peut \u00eatre l\u2019excellence en nos domaines, et sur les fa\u00e7ons dont on peut la reconna\u00eetre et la soutenir.<\/p>\n<p>Dans un texte de 1964 intitul\u00e9 \u00abCrit\u00e8res scientifiques dans les disciplines sociales et humaines\u00bb,\u00a0 L\u00e9vi-Strauss tan\u00e7ait les pouvoirs publics de l\u2019\u00e9poque, plus prompts \u00e0 t\u00e9moigner de leur bienveillance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ces disciplines qu\u2019\u00e0 leur donner les moyens d\u2019exister. Aux chercheurs, il reprochait d\u2019affirmer le caract\u00e8re scientifique de leurs disciplines sans bien r\u00e9fl\u00e9chir aux exigences qu\u2019une telle affirmation comporte.<\/p>\n<p>Il \u00e9crivait\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas d\u2019un c\u00f4t\u00e9 les sciences exactes et naturelles, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9 les sciences sociales et humaines. Il y a deux approches, dont une seule est scientifique par son esprit\u00a0: celle des sciences exactes et naturelles qui \u00e9tudient le monde, et dont les sciences humaines cherchent \u00e0 s\u2019inspirer quand elles \u00e9tudient l\u2019homme en tant qu\u2019il est du monde.\u00a0\u00bb \u2013 Entendez, en tant qu\u2019il est du monde naturel \u2013 \u00ab\u00a0L\u2019autre approche qu\u2019illustrent les sciences sociales,\u00a0\u00bb \u2013 et L\u00e9vi-Strauss d\u00e9signe par l\u00e0 les disciplines qui abordent les probl\u00e8mes contemporains et aident \u00e0 les traiter \u2013 \u00abL\u2019autre approche\u00bb, \u00a0donc, \u00ab\u00a0met sans doute en \u0153uvre des techniques emprunt\u00e9es aux sciences exactes et naturelles\u00a0; mais les rapports qu\u2019elles nouent avec ces derni\u00e8res sont extrins\u00e8ques et non intrins\u00e8ques. Vis-\u00e0-vis des sciences exactes et naturelles, les sciences sociales sont en position de clientes, alors que les sciences humaines aspirent \u00e0 devenir des disciples.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Tout en d\u00e9non\u00e7ant \u2013 je cite \u2013 \u00ab\u00a0l\u2019unit\u00e9 factice des sciences sociales et humaines\u00a0\u00bb, L\u00e9vi-Strauss insiste, et c\u2019est important, sur la l\u00e9gitimit\u00e9 des unes et des autres. Or, aujourd\u2019hui, mettre en question le caract\u00e8re de science d\u2019une discipline, c\u2019est en contester la l\u00e9gitimit\u00e9. Qu\u2019ils soient ou non des \u00ab\u00a0scientifiques\u00a0\u00bb sur le mod\u00e8le des sciences naturelles, les praticiens de nos disciplines sont tous des chercheurs et des savants.\u00a0 Ils mettent en \u0153uvre de riches comp\u00e9tences pour aborder des questions particuli\u00e8rement ardues. Donc, employant \u00ab\u00a0science\u00a0\u00bb dans un sens large, j\u2019affirme le caract\u00e8re de science de toutes nos disciplines.<\/p>\n<p>Je voudrais en outre aller au-del\u00e0 de la dichotomie entre sciences sociales et sciences humaines que propose L\u00e9vi-Strauss, et adopter un point de vue r\u00e9solument pluraliste. Nos disciplines sont compos\u00e9es d\u2019un ensemble de programmes de recherche autonomes qui r\u00e9pondent \u00e0 des interrogations de diverses origines. Bien des recherches, en \u00e9conomie ou en sociologie par exemple, r\u00e9pondent \u00e0 des demandes \u00e9manant d\u2019institutions ou de la soci\u00e9t\u00e9 civile et elles visent \u00e0 guider l\u2019action. D\u2019autres recherches, en histoire ou en litt\u00e9rature par exemple, r\u00e9pondent \u00e0 un besoin d\u2019intelligibilit\u00e9, au d\u00e9sir de mieux comprendre nos identit\u00e9s individuelles et collectives. D\u2019autres encore, en droit ou en philosophie par exemple, cherchent \u00e0 \u00e9clairer les fondements et les cons\u00e9quences des normes qui r\u00e9gissent nos interactions. Les demandes auxquelles ces recherches r\u00e9pondent sont historiquement et g\u00e9ographiquement situ\u00e9es \u2013 et c\u2019est de cette situation qu\u2019elles tirent leur pertinence et leur richesse. D\u2019autres programmes sont mus moins par une demande externe que par le mouvement interne de la recherche. L\u2019importance des questions ne s\u2019y mesure pas \u00e0 leurs cons\u00e9quences sociales ou culturelles mais \u00e0 la possibilit\u00e9 d\u2019y r\u00e9pondre d\u2019une fa\u00e7on qui fasse avancer la connaissance. Certes \u2013 c\u2019est une banalit\u00e9 \u00a0\u2013, ces programmes sont eux aussi historiquement situ\u00e9s, mais leur pertinence est d\u2019autant plus grande qu\u2019elle est moins locale.<\/p>\n<p>Pour donner quelques exemples plus concrets, telle recherche en histoire de France s\u2019adresse d\u2019abord \u00e0 un public fran\u00e7ais\u00a0; telle recherche sur des probl\u00e8mes sociaux actuels s\u2019adresse d\u2019abord aux acteurs sociaux concern\u00e9s\u00a0; telle recherche d\u2019esth\u00e9tique vise un lectorat sans doute international mais dont les pr\u00e9occupations ne sont pas pour autant scientifiques. Si elles sont exemplaires, ces recherches trouveront un \u00e9cho dans la communaut\u00e9 scientifique internationale, mais telle n\u2019est pas leur finalit\u00e9 premi\u00e8re ni le crit\u00e8re selon lequel il convient de les \u00e9valuer. D\u2019autres recherches, en revanche, comme par exemple celles que je m\u00e8ne, s\u2019adressent d\u2019abord et avant tout \u00e0 cette communaut\u00e9 scientifique. Mes coll\u00e8gues de l\u2019Institut Nicod et moi acceptons volontiers l\u2019utilisation d\u2019instruments bibliom\u00e9triques d\u2019\u00e9valuation, communs dans les sciences naturelles, et mesurant le nombre et l\u2019impact des publications dans les revues internationales. Ces m\u00eames instruments ont une pertinence bien moindre pour \u00e9valuer des recherches d\u2019autres types qui ne sont pas moins l\u00e9gitimes que les n\u00f4tres.<\/p>\n<p>En d\u00e9pit de leur diversit\u00e9 ces programmes de recherche autonomes qui ensemble constituent les sciences humaines et sociales ont vocation \u00e0 collaborer les uns avec les autres, et pour certains d\u2019entre eux \u2013 dont ceux qui me tiennent le plus \u00e0 c\u0153ur \u2013 \u00e0 collaborer aussi avec des programmes de recherche dans les sciences naturelles.<\/p>\n<p>Programmes autonomes, fronti\u00e8res disciplinaires floues, crit\u00e8res d\u2019\u00e9valuation variables\u00a0: je con\u00e7ois le casse-t\u00eate que peut repr\u00e9senter une politique de reconnaissance et de soutien de l\u2019excellence dans le domaine des sciences humaines et sociales. D\u00e9j\u00e0, s\u2019agissant de l\u2019\u00e9l\u00e9ment symbolique de cette politique qu\u2019est le prix Claude L\u00e9vi-Strauss, j\u2019imagine que la t\u00e2che du jury n\u2019aura pas \u00e9t\u00e9 facile.\u00a0 Je ne suis pas, je le sais bien, \u00ab\u00a0le meilleur chercheur en sciences humaines et sociales en activit\u00e9 travaillant en France\u00a0\u00bb dont parlait le communiqu\u00e9 de presse annon\u00e7ant la cr\u00e9ation du prix. Non pas que le jury se soit tromp\u00e9 de laur\u00e9at \u2013 enfin, je l\u2019esp\u00e8re \u2013, mais parce que cette expression, qui \u00e9voque la comp\u00e9tition sportive, n\u2019a gu\u00e8re de sens dans les sciences en g\u00e9n\u00e9ral et dans nos disciplines en particulier o\u00f9 les fa\u00e7ons d\u2019exceller sont si diverses.<\/p>\n<p>Si j\u2019ai pu mener les recherches qui me valent aujourd\u2019hui cette distinction, c\u2019est d\u2019abord gr\u00e2ce au CNRS, o\u00f9 j\u2019ai poursuivi toute ma carri\u00e8re. Le CNRS m\u2019a donn\u00e9 une libert\u00e9 sans laquelle je n\u2019aurais pas pu sortir ausi r\u00e9solument des sentiers battus, passer d\u2019une discipline \u00e0 l\u2019autre et prendre g\u00e9n\u00e9ralement le risque de me tromper. Cette libert\u00e9, l\u2019institution me l\u2019a donn\u00e9e en ayant \u00e0 mon \u00e9gard, comme \u00e0 celui de la plupart de ses chercheurs, une attitude de n\u00e9gligence bienveillante. A cette bienveillance, cependant, se substituait trop souvent une attitude tatillonne, voire soup\u00e7onneuse, devant toute demande de moyens institutionnels ou mat\u00e9riels. Je n\u2019aurais trouv\u00e9 ni mauvais ni injuste qu\u2019on attend\u00eet plus de moi et qu\u2019on me donn\u00e2t plus de moyens. Cependant, quelle chance cela a \u00e9t\u00e9 pour tant d\u2019entre nous d\u2019\u00eatre au CNRS, et combien cela nous a incit\u00e9s \u00e0 donner le meilleur de nous-m\u00eames\u00a0! A bien des \u00e9gards, la vie de chercheur s\u2019est d\u00e9grad\u00e9e. Je pense en particulier a mes \u00e9tudiants qui, apr\u00e8s huit ou dix ann\u00e9es d\u2019\u00e9tudes, et des ann\u00e9es de post-doc, ne sont pas moins passionn\u00e9s par la recherche et sont bien plus qualifi\u00e9s que je ne l\u2019\u00e9tais quand je suis entr\u00e9 au CNRS. Ils risquent pourtant, s\u2019ils ne veulent pas s\u2019expatrier, de rester pendant des ann\u00e9es, comme tant d\u2019autres jeunes chercheurs, dans une dure pr\u00e9carit\u00e9.<\/p>\n<p>J\u2019ai l\u2019espoir que nos excellents jeunes chercheurs b\u00e9n\u00e9ficient, comme j\u2019en ai b\u00e9n\u00e9fici\u00e9, de conditions d\u2019emploi et de travail qui leur permettent de donner le meilleur d\u2019eux-m\u00eames. Je voudrais, pour conclure, associer ma profonde reconnaissance pour un prix qui honore un travail largement accompli \u00e0 cet espoir en l\u2019avenir de la recherche et des chercheurs.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[19,7,9],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/792"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=792"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/792\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1632,"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/792\/revisions\/1632"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=792"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=792"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dan.sperber.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=792"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}